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L’arrêt du tabac |
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| Par Anne BORGNE | Mise en ligne : 14 janvier 2007 | Vus : 4 189 |
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Le tabagisme est responsable de 65 000 décès par an en France.
La consommation de plus de 20 cigarettes par jour tuera prématurément un fumeur sur deux. Les pathologies parodontales, les difficultés de cicatrisation et les risques d’infection après chirurgie dentaire font des chirurgiens dentistes des acteurs de première ligne pour agir sur ce fléau. Malgré la connaissance du risque majeur qu’ils prennent pour leur santé, de nombreux fumeurs poursuivent leur consommation de tabac, et ce, même s’ils tentent à plusieurs reprises d’arrêter. Ceci est dû à l’existence d’une véritable dépendance à la nicotine, plaçant le tabagisme dans le champ des addictions.
Aujourd’hui, des stratégies thérapeutiques ont démontré de manière scientifique leur efficacité.
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Le traitement de l’arrêt du tabac
On distingue trois périodes dans l’arrêt du tabac :
Première période : de la première cigarette à la prise de décision d’arrêt.
La première phase débute dès l’entrée dans le tabagisme et dure jusqu’à la prise de décision d’arrêt. Pendant cette longue période, le fumeur va mûrir sa décision pour acquérir une motivation sans laquelle l’arrêt est difficile. Il va passer par des stades d’évolution successifs qui sont parfaitement décrits par le schéma de Prochaska (fig 1). De fumeur heureux, consonant avec son comportement, il va passer au stade de fumeur indécis, dissonant, en désaccord avec son tabagisme. Puis, cette dissonance va se majorer et conduire le fumeur à prendre la décision d’arrêter. Il est alors prêt, il est motivé. L’ensemble des professionnels de santé joue pendant cette longue période un rôle majeur en informant le fumeur sur les risques, et sur les possibilités d’aide à l’arrêt. La pratique du conseil minimal qui consiste à interroger systématiquement tout patient sur son statut tabagique, quelque soit le motif de consultation et à l’inciter à l’arrêt, a montré son efficacité. Elle permet d’augmenter de 2 à 5 % le taux d’arrêt annuel [3]. Ce pourcentage paraît peu significatif mais si le conseil minimal est pratiqué par un grand nombre de professionnels de santé,dont les dentistes, ce sont des centaines de milliers de fumeurs supplémentaires qui cesseront de fumer chaque année. Le conseil minimal est une des recommandations de la conférence de consensus sur l’arrêt du tabac.
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| Fig. 1 |
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Deuxième période : le sevrage
La mesure de la dépendance La nicotine inhalée est rapidement absorbée par voie alvéolaire et atteint les récepteurs nicotiniques cérébraux en sept secondes, produisant plaisir, relaxation, détente, stimulation intellectuelle. La répétition de ces « shoot » tout au long de la journée est responsable de l’installation rapide d’une dépendance physique qui peut être intense. Elle se traduit lors de l’arrêt de la consommation par un syndrome de manque avec pulsions à fumer, irritabilité, agitation, agressivité…..Elle est mesurée par le test de Fagerström, en 6 questions, déterminant un score sur 10 points qui permet d’évaluer l’intensité de cette dépendance (fig 2). Les deux items les plus importants de ce test sont le nombre de cigarettes fumées par jour, et le délai séparant le réveil de la première cigarette fumée. En posant uniquement ces deux questions, on obtient un score sur 6 points, correspondant au « Fagerström simplifié », validé scientifiquement (fig 3). Cette mesure permet de poser l’indication d’un traitement pharmacologique de la dépendance nicotinique. La mesure du taux de monoxyde de carbone dans l’air expiré se révèle très utile. Lors de la première consultation, alors que le patient fume encore, elle permet de quantifier l’intensité du tabagisme de manière plus précise que le simple nombre de cigarettes fumées par jour. La normalisation du taux de monoxyde de carbone ( inférieur à 5 ppm), 24 heures après l’arrêt du tabac, permet de vérifier l’abstinence et se révèle très encourageante pour le patient qui visualise une conséquence positive précoce de son sevrage. Il existe aujourd’hui plusieurs types de « CO testeurs », peu encombrants, d’utilisation simple et rapide à des tarifs très abordables.
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La Substitution Nicotinique (fig.4 et5)
La substitution nicotinique est indiquée chez le fumeur qui présente une dépendance physique à la nicotine, validée par le test de Fagerström. Elle permet d’éviter le douloureux syndrome de manque des premières semaine de l’arrêt qui constitue chez de nombreux fumeurs un frein considérable à l’arrêt et une cause de rechute précoce fréquente. Il existe actuellement 5 formes galéniques de substitution nicotinique : les timbres ou “ patchs, les gommes, les comprimés à sucer et l’inhaleur Leur cinétique est décrite dans la figure 4.
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Comment conduire le traitement de substitution nicotinique ?
Le schéma rigide préconisé il y a quelques années, doit maintenant être abandonné. La posologie initiale doit être adaptée aux besoins réels du fumeur, mesurés principalement par le test de Fagerström puis adaptée au bout de quelques jours.
Il a peu de contre-indication à l’utilisation des substituts nicotiniques. Le risque d' effet indésirable grave est pratiquement inexistant. La bonne dose est celle qui permet un sevrage confortable, sans signes de manque, c'est-à-dire, pas d’irritabilité, anxiété, agitation…., et des envies de fumer qui doivent rester gérables.
L’utilisation conjointe de plusieurs formes galéniques est possible. Un schéma thérapeutique associant une dose de nicotine par timbre et une forme orale (gomme, comprimé sublingual, comprimé à sucer à sucer ou inhaleur ) est souvent utilisé. Le choix du nombre de prises de forme orale est laissé à l’appréciation du patient.
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En cas de surdosage, les effets ressentis sont plus désagréables que dangereux : bouche pâteuse, nausées, céphalées,tachycardie, et disparaissent rapidement au retrait du timbre, ou après la consommation d’une forme orale. Le fumeur peut alors facilement adapter sa dose.
Le suivi est ensuite programmé à un rythme adapté à chaque fumeur. Il permet d’adapter les doses de substitution.
La durée du traitement est fonction de la dose initiale. Plus celle-ci est élevée, plus la décroissance posologique sera longue.
Les consultations de suivi permettent un soutien psychologique et des conseils comportementaux personnalisés.
Le Bupropion
Le Buprorion est un inhibiteur de la recapture de la Dopamine et de la Noradrénaline, utilisé depuis plus de dix ans aux Etats-Unis comme antidépresseur.
Les nombreuses contre-indications doivent, comme dans toute prescription médicamenteuse, être scrupuleusement respectées. |
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Les effets indésirables les plus fréquents sont une sensation de bouche sèche, des insomnies, des céphalées, des réactions allergiques.
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Les traitements non pharmacologiques
Les thérapies comportementales et cognitives (TCC)
Approche récente en psychologie, les T.T.C. reposent sur l’apprentissage et l’analyse des pensées. Elles ont pour objectif d’aider le sujet à se débarrasser du comportement anormal par un nouvel apprentissage, tout en analysant les pensées ou « cognitions » qui accompagnent ce comportement. Enseignées depuis peu en France, de nombreux professionnels se forment et leur pratique se développe. Ce mode de prise en charge a prouvé son efficacité pour l’arrêt du tabac et figure dans toutes les recommandations internationales. L’acupuncture, l’homéopathie, la mésothérapie et l’hypnose ont été, depuis longtemps, utilisées pour le sevrage tabagique. Leur efficacité chez un fumeur motivé non fortement dépendant tient à l’effet placebo qu’il délivre et à l’empathie délivrée par le thérapeute. La Conférence de Consensus d’Octobre 1998 ne leur a pas reconnu d’efficacité sur la dépendance nicotinique.
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| Troisième période : Le maintien de l’abstinence et la prévention des rechutes |
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Le suivi doit être régulier, le plus long possible, et être poursuivi à l’issue du traitement pharmacologique, les rechutes étant fréquentes pendant la première année. La consommation accidentelle de quelques cigarettes doit être présentée comme « un faux pas » et dédramatisée. La rechute totale, toujours vécue de manière culpabilisante doit être présentée comme une étape vers l’arrêt définitif. Il faut que le fumeur reprenne confiance en lui, qu’un nouveau traitement pharmacologique soit entrepris. Les thérapies comportementales et cognitives ont ici une importance capitale. |
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Conclusion
Le recours à la substitution nicotinique a permis une avancée considérable en rendant le sevrage physique beaucoup plus confortable. L’arrivée du Bupropion renforce les possibilités thérapeutiques offertes aux fumeurs demandeurs d’aide à l’arrêt. La formation des professionnels de la santé doit être organisée pour permettre de conseiller et traiter les fumeurs. Les chirurgiens dentistes ont ici un rôle primordial à jouer.
Références :
1 - L’arrêt de la consommation du tabac, Conférence de Consensus, 8 et 9 Octobre 1998, Paris, Editions EDK, Paris 1998. 2 - Recommandations de bonne pratique. Les stratégies thérapeutiques médicamenteuses et non médicamenteuses de l’aide à l’arrêt du tabac. Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé.Mai 2003 |
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"Cet article est paru dans le numéro spécial du magazine Clinic de mai 2005".
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