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Aphtes et aphtoses buccales

Aphtes et aphtoses buccales

Par Stéphane SIMART   |   Mise en ligne : 10 février 2002   |   Vus : 462 067
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DEFINITION : L’aphte est une lésion superficielle de la muqueuse buccale et de l’oropharynx. Etymologiquement, " aphte " vient du grec " aptein " : brûlure.

I - DEFINITION :

L’aphte est une lésion superficielle de la muqueuse buccale et de l’oropharynx.

Etymologiquement, " aphte " vient du grec " aptein " : brûlure.

L’aphte se manifeste par une ulcération, symptôme commun à plusieurs formes cliniques que l’on peut classer en 3 groupes : l’aphte buccal " vulgaire ", l’aphtose buccale récidivante et les maladies aphteuses ou sa localisation buccale est à associer à d’autres localisations générales, organes ou viscères.

II - ETIOLOGIE :

D’étiologie inconnue, plusieurs théories ont pu être avancées. Pour certains, il s’agirait d’un phénomène vasculaire de type microthrombophlébite, pour d’autres les aphtes récidivants seraient liés à des " phénomènes immunologiques humoraux ou à médiation cellulaire dirigés contre des antigènes streptococciques et de la muqueuse buccale humaine " (6).

Cependant, on peut énumérer des facteurs favorisants connus :
. Sexe : prédominance féminine. Cycle menstruel, grossesse.
. Hérédité : famille à " aphtes buccaux ".
. Stress psychique : troubles psychiques, chocs émotifs, dépressions.
. Traumatisme : morsure de la muqueuse, blessures, arêtes de poisson, prothèses dentaires.
. Aliments : noix, fraises, épices, certains fromages (gruyère), crustacés.
. Médicaments : aspirine, antibiotiques, psychotropes, antimitotiques.
. Virus HIV et immunodépressions.
. Infections bactériennes.


III - DIAGNOSTIC :

1 – Diagnostic positif :

. L’ulcération apparaît après une sensation de brûlure.
. La première poussée survient chez le sujet jeune, 10 à 20 ans.
. Les aphtes seront de dimension et de nombre variable.
. L’ulcération est plus ou moins profonde, recouverte de fibrine et entourée d’un tissu érythémateux.
. Les zones les plus fréquemment atteintes sont la muqueuse de la joue, la langue et le plancher buccal. Il est rare d’en trouver sur les zones de la muqueuse buccale, normalement kératinées, c’est-à-dire le palais dur et la gencive.

De même, il est plus rare de trouver des aphtes chez le sujet fumeur que chez le patient non fumeur, ceci pouvant s’expliquer par l’hyperkératose muqueuse qu’entraîne le tabac.


Diagnostic différentiel :
. Plaques muqueuses syphilis secondaires : érosions rouges non ulcérées.
. Dermatoses bulleuses : érythème polymorphe bulleux, pemphigus.
. Lichen.
. Primo infection herpétique.
. Stomatite aphtoïde avitaminique (avitaminose PP).
. Carcinome épidermoïde et aphte géant. L’ulcération tumorale maligne est caractéristique avec un versant interne cruenté avec un fond contenant des débris nécrotiques. Cette ulcération repose sur une base indurée.
. Neutropénie.


IV - FORMES CLINIQUES :

1 – Aphte " vulgaire " : c’est l’aphte " accidentel ".

Fréquent chez l’enfant. Peut être unique ou multiple.

Débute par une sensation de cuisson, puis survient une ulcération, punctiforme ou lenticulaire, à bords nets et fond jaunâtre " beurre frais ", entourée d’une muqueuse rouge vif.

Peut être très douloureuse, gênant la mastication, pouvant entraîner une dysphagie et une hypersalivation. Dépassant 1 cm de diamètre, on parlera alors d’aphte géant, plus mutilant et pouvant laisser des cicatrices après guérison.

2 - Aphtes récidivants :

Ce sont des ulcérations récurrentes, dont les facteurs favorisants sont liés à l’hérédité, l’immunité, le stress et des modifications hormonales chez la femme.

Le nombre par poussée varie de 1 à 5 ou 10. Guérissent en général en 1 à 3 semaines, période durant laquelle ils peuvent être très invalidants.

3 - Maladies aphteuses :

Ce sont des maladies générales associant aphtes buccaux et aphtes atteignant d’autres organes ou viscères.

Le diagnostic de ces maladies permettra au chirurgien-dentiste de diriger ces malades vers des services spécialisés ORL, stomatologie, dermatologie, gynécologie ou médecine interne.

On citera :

3.1. L’aphtose génitale : aphtose bipolaire : les aphtes génitaux se rencontrent plus souvent chez la femme, atteignant les grandes et petites lèvres, la région périnéo-anale, le vagin, le col utérin. Chez l’homme, atteinte du gland et du scrotum.

L’association aphtes buccaux et génitaux réalise l’aphtose bipolaire.

3.2. La grande aphtose de Touraine ou syndrôme de Behcet : associe des aphtes buccaux, aphtes génitaux, lésions cutanées, atteintes viscérales, oculaire.

3.3. Périadénite de Sutton : aphtes géants ulcéro-nécrotiques reposant sur des nodules inflammatoires, siégeant de préférence sur les joues, les lèvres, les bords et la pointe de la langue, le palais, le voile et les piliers amygdaliens.

Le terme de " périadénite " s’explique par la prédominance des lésions inflammatoires autour des glandes salivaires accessoires.


V- Aphtes et HIV :

Augmentation de l’atteinte aphteuse chez le sujet séropositif. Souvent aphtes géants. Contrairement aux autres formes cliniques, les ulcérations peuvent apparaître au niveau de la muqueuse kératinisée comme la gencive et le palais dur.
 

VI - TRAITEMENT : Il n’existe pas de traitement unique efficace dans le traitement des aphtoses buccales. Le traitement local ou général sera adapté suivant la forme clinique et le degré d’atteinte.
 
1 - Traitement préventif :

Recommandé dans les aphtoses récidivantes et vise à éviter ou supprimer les facteurs favorisants :
. Mise en état buccale : suppression des épines irritatives dentaires ou prothétiques.
Suppression des foyers parodontaux perturbant l’équilibre immunologique et bactérien buccal.
. Vitaminothérapie : vitamine C
. Immunothérapie : imudon
. Suppression des aliments favorisants l’apparition des aphtes.

2 - Traitement local :

Institué dans les cas d’aphtes vulgaires ou d’aphtoses récidivantes.

Action antiseptique :
- Attouchements d’acide trichloracétique qui apporte un soulagement rapide, dans l’heure, mais implique un risque de brûlure et de nécrose muqueuse.
- Bains de bouche à base de chlorexidine (ELUDRIL).
 - Applications de pyralvex (extrait de salicylé et sodé de rhubarbe)
 - Aesine : gel de FLOGENCYL.
- Substances aromatiques : BOROSTYROL.
- Action antalgique et anesthésiante : dynexan ( lidocaine 2%).
- Application 2 à 3 fois d’un crayon au nitrate d’argent
- Action anti-inflammatoire : Lyso 6 : association de lysozyme et Vit. B6. Immunothérapie : Imudon. Composé de lysats hyophilisés de divers germes buccaux.
- Corticoïdes : Betnéval sous forme de tablettes à laisser fondre.
- Antiulcéreux gastriques (maalox, gaviscon) : solutions utilisées en bains de bouche.
- Aspégic sachet en bains de bouche concentré

3 - Traitement général :

S’adresse aux aphtoses récidivantes et aux maladies générales aphteuses. . Vitamine C : KUFFER recommande une injection intraveineuse de 2 g par jour pendant 15 jours. Cette même dose sera poursuivie per os pendant des mois en intercalant une injection IV par semaine.
On peut citer également des traitements d’Isoprinosine (immunomodulants), d’Immunodépresseurs, tels que la cyclophosphamide (Endoxan), le chlorambucil (Chloraminophène). En fait, les traitements efficaces par voie générale sont : la colchicine, la corticothérapie et la thalidomide. Colchicine : prescrite à la dose de 1 mg par jour pendant des mois. Prévient les récidives dans environ 50 % des cas. Corticothérapie brève : (Prednisone 0,5 mg/Kg/jour per os). Action rapide. Présente l’avantage d’obtenir une cicatrisation rapide des lésions pour un traitement de courte durée (1 semaine environ) donc sans les inconvénients d’une corticothérapie au long. Thalidomide : hypnotique non barbiturique. Délicate d’utilisation pour son effet tératogène et neurologique. Traitement réservé à certains spécialistes hospitaliers.
Le patient devra être informé par écrit des effets secondaires. Action très rapide, remarquable autant sur les poussées en cours que les récidives. La thalidomide est le traitement de choix de l’aphtose atteignant le sujet séropositif pour le HIV.


VII – CONCLUSION :

Bien que la plupart des aphtes buccaux soient des lésions banales, la vigilance et l’attention du praticien doivent permettre le diagnostic des aphtoses récidivantes et des maladies aphteuses, signe d’une atteinte systémique témoin d’un déficit immunitaire comme le HIV. L’odontostomatologiste pourra ainsi traiter le patient pour les formes cliniques mineures ou le diriger vers des services hospitaliers spécialisés dès lors que l’atteinte nécessitera un traitement général.


VII – BIBLIOGRAPHIE : 1 – BELAICH S. Aphtes, Aphtoses, Revue du praticien 1978.28.21 (11 avril 1978). Tome XXVIII. N° 21. 2 – CARREL J.P., GREBAN, KUFFER R. Aphtes et Aphtoses bucco-pharyngés. Réalités cliniques. Vol n° 2 1997.pp. 141.149. 3 – DECHAUME M., GRELLET M., LAUDENBACH P., PAYEN J. Précis de stomatologie 5ème édition MASSON. Pp.23.24. PARIS 1979. 4 – GODEAU P., POMPIDOU A., COMMISSIONAT Y., FISHER J.C., RAGOT J.P., WECJSMER B., ZIZA J.M. Aphtes et Aphtoses buccales, données actuelles. Actualités Odonto-Stomatologiques n° 157 pp.9.36. 1987. 5 – MACPHAIL L.A., GREENSPAN D. et GREENSPAN J.B. Recurrent ephtous ulcers in association with HIV infection. Diagnosis and treatment. Oral surgery, Oral medecine and oral pathology. 73.383.288.1992. 6 – PINDBORG J.J. Atlas des maladies de la muqueuse buccale Medsi pp. 166.168. 1980. Copenhagen. DENMARK. 7 – SAMSON J., KUFFER R. Aphtes et Aphtose (maladie de Behcet). Encyclopédie médico-chirurgicale. Stomatologie-Odontologie. Editions techniques. Paris 22050 N10,1.14. 1992. 8 – SAMSON J., LOMBARDI T. et KUFFER R. Aphtes buccopharyngés et infection à VIH. Efficacité de la thalidomide. Cahiers de stomatologie et de chirurgie maxillo-faciale, 2 : 3.12. 1995.


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