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Interview du Professeur François Duret : La CFAO dentaire en 2015

Par Gérard Barouhiel le 02-06-2015
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Le Professeur François Duret est le père d’une technologie qui fait aujourd’hui partie intégrante de notre profession : la CFAO dentaire. Depuis l’émergence de son idée sur la prise d’empreinte optique en 1970 (à l’âge de 22 ans !) jusqu’aux merveilles de technologie qui nous sont présentées aujourd’hui sur des congrès tels que l’ADF ou l’IDS, de profonds changements ont été opérés.

Le Professeur François Duret a accepté de répondre à quelques questions sur sa vision de la CFAO dentaire de nos jours.

Quels sont les avantages et les inconvénients que la CFAO a apporté à la dentisterie d'aujourd'hui ?

Avant de répondre à votre question, il me semble nécessaire de rappeler que la CFAO dentaire, ou dental Cad Cam ne doit pas être confondue avec la CFAO au sens strict. En effet dans la CFAO dentaire, non seulement vous avez une étape supplémentaire clinique, celle de la prise d’empreinte avec (palpage) ou sans (optique) contact mais aussi doivent y être associés des logiciels spécifiques de traitement d’images et d’aides au diagnostic. L’outil CFAO souvent confondu avec la CFAO dentaire par les non initiés, n’est qu’un maillon de la chaine.

Le premier avantage de la CFAO dentaire est, tout d’abord, de ramener toute forme dentaire à un objet virtualisé sur lequel s’appliqueront des traitements numériques. Cette virtualisation, qui fait que l’on parle souvent là encore à tort d’empreinte « numérique », permettra à la chaine dentaire de bénéficier de toutes les possibilités offertes par l’outil informatique quel que soit le traitement qui devra être appliqué à l’empreinte. C’est une étape majeure pour la médecine.

Le deuxième avantage est que cette numérisation s’effectue dès le début de la chaine de traitement des données, la rendant insensible aux variations du milieu dans laquelle elle se trouve mais aussi de permettre son stockage et sa reproduction à l’infini.

Par ces deux premiers avantages, nous voyons combien il est important de ne pas confondre un logiciel de modélisation et une action de CFAO dentaire qui est une réponse clinique à un problème de santé. L’un n’est qu’un outil pour l’autre comme la fraise l’est pour une préparation.

Le troisième avantage est de pouvoir enrichir la dentisterie des méthodes dites de « traitement expert » et même « d’intelligence artificielle ». Encore peu incorporées, elles prendront toutes leur importance dans les années à venir.

Pour le reste, le temps passé, l’encombrement pour le patient ou la facilité de manipulation, ne sont que des avantages qui se retrouvent dans toutes les évolutions portant sur les actes cliniques et qui sont très dépendantes de l’opérateur.

Cela m’amène naturellement aux désavantages de la CFAO dentaire.

Il m’est difficile de répondre à cette question car j’ai toujours lutté contre les avis négatifs, arguments contre arguments.

Je dirais aujourd’hui que les principaux désavantages sont essentiellement le prix de revient du matériel et l’apprentissage conduisant à une bonne manipulation. Si le premier évoluera dans le bon sens comme tout système informatique, il sera plus difficile de mobiliser toutes les Universités (elles sont seulement 5 en France aujourd’hui à assurer cet enseignement) toujours très résistantes face à toutes nouvelles technologies. Ce deuxième inconvénient disparaitra lorsque que la CFAO dentaire fera partie de l’enseignement clinique obligatoire et des cours magistraux. Il ne m’appartient pas de juger mais seulement de mettre en garde pour qu’elles ne perdent pas « la main » au profit des industriels comme c’est le cas aujourd’hui pour l’informatique.
Pensez-vous que l'empreinte optique finira par remplacer totalement les traditionnelles pâtes à empreinte ? Si oui, à quelle échéance ?

Je n’ai aucun doute, et même la certitude, sur le fait que l’empreinte optique remplacera l’empreinte traditionnelle. Fondamentalement tout métrologiste vous expliquera qu’une méthode sans contact est plus respectueuse de l’objet et des données qu’elle retire sous forme de mesures. Dans notre cas en dentisterie, elle passera sans doute par un mixte entre les rayonnements non pénétrants (empreinte optique par réflexion ex. projection de grille) et les rayonnements pénétrants (empreinte optique par transmission ex. Rx) avant de les unifier. Au départ cela dépendra des applications envisagées mais elle remplacera totalement les empreintes traditionnelles.

Ce remplacement se fera progressivement mais il sera accompli dans les 15 ans à venir. Plus personne ne peut en douter, surtout si l’on met en facteur le fait que plus de 60% des laboratoires en sont équipés. Plus rien ne pourra empêcher ce mouvement irréversible et c’est tant mieux pour la dentisterie et la médecine.
La technologie CAD CAM peut-elle être intégrée à tous les types de cabinets dentaires ? Pensez-vous que les industriels réduiront leurs coûts pour démocratiser cette technologie à tous les praticiens ?

La CFAO dentaire peut être intégrée à tous types de cabinet dentaire.

Ce qui fait qu’il existe aujourd’hui des méthodes dites directes, semi directes ou indirectes ne tient qu’au fait que l’on applique une nouvelle technologie à des structures de cabinet et des relations avec les laboratoires qui ont été dimensionnées pour les méthodes traditionnelles.

La même remarque peut être faite sur le dimensionnement des systèmes de CFAO dentaire en fonction de leur rentabilité. Par exemple aux petits cabinets on est obligés de conseiller des systèmes indirects et aux grosses structures des systèmes complets pour des questions de rentabilité. Demain cela n’aura plus cours car les prix chuteront inexorablement. Les nouvelles générations savent ce qu’est un « cloud » ou un « système expert » et ils « pensent » déjà informatique et CFAO dentaire. Leur structure matérielle et leur esprit clinique sont « numériques » comme nous étions fax, TV, diapo , magnétoscope ou transistor.

Les industriels dentaires sont comme tous les bons industriels. Parmi les facteurs définissant leur politique, deux facteurs importants régissent les prix : la concurrence et la marge. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui ils investissent massivement dans la CFAO dentaire car ils savent que s’ils veulent conserver une bonne marge, ou la déporter sur le consommable, ils doivent réduire les prix de revient des systèmes et avoir un prix de vente concurrentiel. Leur survie en dépend.

J’ai donc la certitude que les prix vont chuter en même temps que les performances vont grandir et se multiplier. Quel bel avenir pour les futurs dentistes !

L’avènement de cette dentisterie numérique est à comparer à celle apportée par P Fauchard ou Bourdet au XVII siècle et c’est nous qui le vivons !

Pensez-vous que tous les laboratoires vont pouvoir suivre la tendance et s'équiper ? Ou la CFAO a-t-elle vocation a être réservée aux grands laboratoires ?

Les laboratoires vont et devront suivre et changer leurs structures comme devront le faire les dentistes. Ils le font déjà massivement dans le monde entier.

Je pense que nous reviendrons, comme par le passé, à deux types d’exercice pour les laboratoires : les grandes structures vont se renforcer alors qu’arrivera une nouvelle génération de prothésistes exerçant dans ou à proximité des cabinets dentaires. Les petites structures qui n’investiront pas ou mal disparaitront sauf, bien entendu, les virtuoses qui, comme dans tout système productif, ont leur place.

Tout le paradoxe de la CFAO dentaire est là : transformer la dentisterie en structurant un exercice sous une forme ancestrale. Pour moi qui étudie beaucoup l’histoire j’aime cela car c’est respecter nos anciens.

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