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Péri-implantites : la réponse des experts !

Par Philippe Khayat, Pascal Valentini, Jacques Bessade le 18-10-2017   

Il y a quelques semaines, vous avez lu le billet d’introduction de Michel Abbou : Péri-implantites – mais-ou-et-donc-or-ni-car ? Découvrez dans ce nouvel article l’avis d’autres experts qui ont souhaité partager avec vous leur vision sur la question.


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Dr Philippe KHAYAT

Péri-implantites : on a peut-être retrouvé « Ornicar »

Avez-vous déjà eu à gérer une péri-implantite ? Aviez-vous posé l’implant ? Le patient était-il conscient du problème ? Sinon, comment le lui avez-vous annoncé ? Qu’avez-vous fait ? Étiez-vous sûr de faire ce qu’il fallait ? Avez-vous dû démonter la prothèse ? Avez-vous obtenu une résolution complète de la pathologie?

Les péri-implantites se sont invitées subrepticement dans nos vies professionnelles et, il faut bien le dire, la fête est un peu gâchée ! Qui peut dire à son patient s’il gardera ses implants 5, 10, 15 ou 20 ans ?

Il faut dire que rien n’est fait pour nous simplifier les choses. Les professionnels ne s’entendent pas sur une définition claire et cliniquement réaliste de la péri-implantite. On nous parle de saignement au sondage alors même qu’il est extrêmement difficile de sonder autour d’un implant, notamment lorsque le pilier est d’un diamètre inférieur à celui du col implantaire ou que la couronne présente un galbe important !

Et que dire de la bataille de chiffres concernant la prévalence ! Un grand fabricant fait figurer sur ses brochures le chiffre de 1,36% alors que trois méta-analyses (1-2-3) s’accordent sur celui de 20% à 5-10 ans. Un patient sur cinq ou un patient sur soixante-dix ? La péri-implantite est-elle une complication fréquente ou exceptionnelle? Et la question qui suit est : cette prévalence a-t-elle changé avec l’apparition, à partir des années 2000, des surfaces modifiées dites modérément rugueuses ?

Bien évidemment nous pouvons agir sur les facteurs de risque : l’hygiène, le tabagisme, la qualité de la prothèse, l’environnement parodontal… mais si le retour aux surfaces usinées, dites lisses, au moins dans la partie cervicale de l’implant, permet d’agir de façon nette sur la prévalence de la péri-implantite, pourquoi s’en priver !

Michel Abbou m’a demandé d’intervenir dans le cadre d’une journée de formation sur ces pathologies péri-implantaires (4). Je me réjouis d’y participer et d’instruire pour vous à charge et à décharge le procès des surfaces rugueuses.

1. Andrea MOMBELLI, Nada MÜLLER, Norbert CIONCA :  The epidemiology of peri-implantitis – Literature review
Clin Oral Implants Res. 2012 Oct; 23 Suppl 6: 67-76.

2. Momen A. ATHIEH, Nabeel  H.M ALSBEEHA, Clovis M.Rj FAGION, Warwik J. DUNCAN: The frequency of peri-implant diseases – A systematic review and meta-analysis.
J Periodontol. 2013 Nov; 84(11): 1586-98.

3. Jan DERKS, Cristiano TOMASI : Peri-implant health and disease. A systematic review of current epidemiology.
J Clin Periodontol. 2015 Apr;42 Suppl 16: S158-71.

4. Michel ABBOU, Jacques BESSADE, Philippe KHAYAT, Carole LECONTE, Christine ROMAGNA, Rémy TANIMURA, Pascal VALENTINI : Péri-implantites – La faute aux implants, aux implanteurs ou aux implantés ?
Colloque Si-Ct MIEUX 2018; Jeudi 11 Janvier, Paris.


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Dr Pascal VALENTINI

La prise en charge de la péri-implantite va prendre de plus en plus d’importance dans l’activité des implantologistes et des parodontistes. Pour l’heure, il n’existe aucun consensus quant au traitement de cette  maladie et quant à son origine. La seule stratégie consiste à mettre en place une prévention efficace. Pour cela l’identification des facteurs de risque est primordiale.

La péri-mplantite est une pathologie pluri-factorielle, la littérature ne laisse planer aucun doute là-dessus (1-2-3). Les principaux facteurs de risque que personne ne conteste aujourd’hui sont  l’existence d’une maladie parodontale, le tabagisme, le diabète, l’excès de ciment de scellement, l’absence de traitement parodontal de soutien. D’autres conditions locales comme par exemple l’absence de muqueuse kératinisée, des surfaces  implantaires rugueuses, certaines formes de prothèse, ne sont considérées que comme des facteurs aggravants. A travers son billet, Michel Abbou (4) semble suggérer que la perte osseuse initiale induite par un torque d’insertion élevé pourrait être un facteur de risque supplémentaire ou un facteur aggravant. Il existe dans la littérature d’autres articles qui sembleraient démontrer le contraire (5-6). La qualité osseuse aurait-elle une influence ?

Aujourd’hui plus de 50% des sites, au niveau desquels nous souhaitons poser des implants, nécessitent d’être greffés (7). L’os greffé est-il un facteur de risque supplémentaire ? Cet os se défend-il moins bien que l’os natif ? A ce jour, la littérature ne nous  dit rien sur le sujet.

Depuis deux ans, nous nous sommes intéressés à ce problème pour ce qui concerne la greffe du sinus maxillaire : y a t-il plus de péri-implantites autour des implants posés dans un sinus greffé que dans l’os natif ?  Pour certains auteurs (8) il y aurait plus de perte osseuse marginale pour un sinus maxillaire greffé que pour l’os natif. Devons-nous en déduire que la greffe du sinus maxillaire est un facteur de risque supplémentaire pour la péri-implantite ? Nous essaierons de donner quelques éléments de réponse à cette question le  11 janvier prochain (9).

1. Martin SAABY, Soren SCHOU: Factors influencing severity of peri-implantitis
Clin Oral Implants Res. 2016 ;  27: 7-12

2. Stefan RENVERT, Marc QUIRYNEN: Risk indicators for peri-implantitis – A narrative reviw
Clin Oral Implants Res. 2015 ;  26,  S11: 15-44

3. Andrea MOMBELLI, Nada MÜLLER, Norbert CIONCA : The epidemiology of peri-implantitis – Literature review
Clin Oral Implants Res. 2012 Oct; 23 Suppl 6: 67-76.

4. Michel ABBOU : Péri-implantites : mais-ou-et-donc-or-ni-car ?
Dentalespace – Paroles d’Experts ; 12.09.2017

5. PG KHAYAT, HM ARNAL, BI TOURBAH, L SENERBY : Clinical outcome of dental implants placed with high insertion torques (up to 176 Ncm)
Clin Oral Implants Res. 2013 Apr; 15 (2): 227-233

6. Mohsen BIDGOLI, Sara SOHEILIFAR, Javad FARADMAL, Sepideh SOHEILIFAR : High Insertion Torque and Peri-Implant Bone Loss: Is There a Relationship ?
Journal of Long-Term Effects of Medical Implants, 2015; 25 (3): 209-213

7. Daniel BUSER : 20 Years of Guided Bone Regeneration in Implant Dentistry
Quintescence Publ. 2000

8. P. GALINDO-MORENO, A. FERNANDEZ-JIMENEZ, G. AVILA-ORTIZ, FJ. SILVESTRE, P. HERNANDEZ-CORTES, HL. WANG : Marginal bone loss around implants places in maxillary native or grafted sinuses – a retrospective cohort study.
Clin Oral Implants Res. 2014 Mar; 25 (3): 378-384

9. Michel ABBOU, Jacques BESSADE, Philippe KHAYAT, Carole LECONTE, Christine ROMAGNA, Rémy TANIMURA, Pascal VALENTINI : Péri-implantites – La faute aux implants, aux implanteurs ou aux implantés ?
Colloque Si-Ct MIEUX 2018; Jeudi 11 Janvier, Paris


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Dr Jacques BESSADE

Pour bien appréhender la complexité de la problématique implantaire actuelle, il faut prendre du recul en regardant les acquis sur lesquels se fonde la pratique actuelle. Depuis Brånemark, que d’évolutions ! Tout a changé, de la nature même du titane aux protocoles opératoires en passant par les formes implantaires. Seule la destination de nos traitements est la même.

Quelle pourrait-être la synthèse de ce que nous avons appris depuis 35 ans ? Je pense que l’on peut la résumer en deux mots : préservation osseuse.

Donnons la priorité à l’os plutôt qu’à l’implant. Pour résumer ma pensée – et nous développerons tous ces points le 11 janvier prochain (1) – l’implant idéal serait un cylindro-cônique de 3,5/10 mm à connexion hexagonale interne type cône morse avec surface modérément rugueuse, présentant une émergence prothétique au niveau muqueux et non osseux (Tissue Level), nécessitant le passage de deux forets et destiné à recevoir une prothèse vissée. Un implant compact, à connexion juxta-gingivale étanche, posé grâce à un forage court de 5 minutes et un couple ne dépassant pas 35 Ncm.

Voilà le portrait condensé de l’implant que je m’efforce de poser dans l’immense majorité des indications, avec comme objectif, la préservation osseuse absolue dès le premier temps opératoire. Respecter l’os alvéolaire, privilégier les implants de petit diamètre à émergence adaptée au profil d’émergence requis. L’espace biologique ne doit plus être violé, une fois l’implant posé. Sa contamination ultérieure est le premier déclic initiant la mucosite.

Certes, la péri-implantite est une maladie multi-factorielle comme nous le verrons lors de la journée du 11 janvier. Cependant, il ne faut pas oublier que l’ostéointégration est également un mécanisme dont le résultat est la combinaison de très nombreux facteurs, parmi lesquels la prise de conscience par le praticien de la fragilité de l’os, facteur qui, selon moi, fait bien trop souvent défaut. Autre facteur important, le design implantaire, également étroitement lié à la propagation des péri-implantites. Enfin, l’hôte, le patient avec ses forces et ses faiblesses invisibles, ses carences et pathologies, parasites de nos thérapeutiques, que nous essayerons de mieux cerner lors de notre journée autour de Michel ABBOU (1).

1. Michel ABBOU, Jacques BESSADE, Philippe KHAYAT, Carole LECONTE, Christine ROMAGNA, Rémy TANIMURA, Pascal VALENTINI : Péri-implantites – La faute aux implants, aux implanteurs ou aux implantés ?
Colloque Si-Ct MIEUX 2018; Jeudi 11 Janvier, Paris.

DSD

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