Monsieur le Rédacteur en Chef,

Convenez-en avec nous, il est toujours facile de discréditer une profession surtout celle des chirurgiens-dentistes en diffusant une information tendancieuse dont l’objectif est de nuire à sa réputation. Nous ne pensions pas que votre mensuel, dont on ne conteste ni le sérieux ni la qualité de ses articles, allait succomber à cette tentation à la suite de la diffusion du reportage de France 2. Vous pourrez lire, sur notre blog, la copie de la lettre que DSI a adressée à son Président.

Nous savons pertinemment que certaines personnes mal intentionnées ont voulu nous imposer la profession de « denturologue », ils n’y sont pas arrivés. Pour dénigrer notre profession, les mêmes personnes s’attaquent aux prix de nos prothèses en faisant croire d’abord que nous ne sommes que des intermédiaires vendeurs d’un produit fini et ensuite que notre « marge bénéficiaire » est importante. Alors, nous sommes contraint de réagir afin que cette désinformation ne puisse prospérer.

1. Sur nos tarifs :

Il est écrit en page 52 : « … Cette baisse de prix est-elle répercutée sur la facture de leur s clients ? … aucune diminution de ces tarifs n’a été enregistrée au cours des dernières années. On est en droit de penser que les as de la roulette (sic) préfèrent gonfler leur marge plutôt que de faire profiter leurs patients de la bonne affaire (resic) ».

Avant de commenter ces propos, laissez-nous vous rappeler que des centaines de chirurgiens-dentistes, en activité, par vocation et désintérêt, dévoués et bénévoles, sillonnent la France et visitent toutes les écoles afin de motiver les élèves à l’hygiène dentaire. Toute cette préve ntion de masse est gratuite, tout autant que le temps passé par les praticiens. Vos enfants sont aussi certainement concernés par nos actions de bénévolat au service de la santé publique malgré leur caractère chronophage.

Savez-vous qu’il existe en France une catégorie de personnes, dont le nombre dépasse les six millions, démunies et dans le besoin, qui bénéficient de la Couverture maladie Universelle ? Savez-vous que ces personnes ont droit à un « panier de soins et de prothèses » qui sont pris en charge par la collectivité et surtout par les chir urgiens-dentistes ? Lorsqu’un CMU se fait poser une prothèse dans nos cabinets, le tarif de la couronne nous est imposé. Ainsi, le prix de la céramique ne doit pas dépasser les 375 €. Le prix de l’inlay-core est bloqué au tarif opposable, c’est-à-dire au prix du remboursement de la sécurité sociale, sans aucun dépassement !

Quelle crédibilité peut-on apporter à vos affirmations sur l’absence de « diminution de nos tarifs » de prothèses alors que nombre d’entre eux sont plafonnés pour une catégorie importante de la population ? Vous auriez dû, avant de vous lancer dans de telles allégations infondées, penser à ces patients soignés à bas prix d ans nos cabinets. Aucun pays au monde ayant notre niveau de vie fait appliquer à des libéraux une telle tarification de prothèses.

Hormis ces centaines de milliers de prothèses à tarif imposé et ridiculement bas, nos tarifs de prothèses dans l’ensemble ont peu évolué malgré la hausse considérable de toutes nos charges.

Personnellement, nous aurions beaucoup apprécié que vous fassiez un tableau comparatif des pri x pratiqués en France et dans les pays d’Europe ou du monde ayant le même niveau de vie. Vous auriez pu constater que nos prix de prothèse sont vraiment « à la traîne » ! Nous aurions aussi beaucoup aimé que vous fassiez un tableau comparatif entre le niveau de vie il y a cinquante, trente et vingt ans et l’évolution du prix de nos céramiques. Nous pensons qu’avec ces données, vous reviendriez sur vos affirmations d’augmentation de nos tarifs et de nos marges.

Contrairement à ce que vous soutenez en page 52, ce n’est pas « la pose d’une couronne (qui) est facturée de 450 à 650 € ».

Cette fourchette de prix correspond à environ deux heures de travail. Pour en déterminer le coût, il faut définir les paramètres objectivant le montant final. Un tarif de prothèse comprend le paiement de :
– La location du cabinet ;
– Du leasing du fauteuil et de tout notre matériel dentaire ;
– De l’assistante et de la secrétaire ;
– Des charges sociales salariales et patronales ;
– Du téléphone, de l’électricité, de l’eau ;
– Des cotisations retraite, assurance maladie et allocations familiales ;
– Du plateau technique et des matériaux utilisés ;
– De la stérilisation, ;
– Et de tant d’autres facteurs parmi lesquels le paiement du praticien et le prix du laboratoire de prothèses.

Indépendamment de nos charges en hausse exponentielle, vous oubliez d’évoquer l’ensemble de nos obligations réglementaires qui vont crescendo en alourdissant considérablement nos charges :

– Formation continue qui nous oblige de fermer notre cabinet au moins trois jours par an pour nous payer une formation à prix fort sans compter la formation à la réanimation qui est obligatoire ;

– L’hygiène et la stérilisation qui doivent ne présenter aucune faille sous peine de sanction disciplinaire

– Radioprotection qui nous oblige à payer tous les ans un organisme agréé à prix démesuré ainsi qu’une personne compétente en radioprotection (PCR) dont le tarif est une charge considérable.

Vous voudriez nous voir inscrire sur notre facture de prothèse le prix du laboratoire (p. 54 in fine).

Pourquoi n’indiquer que cette mention ?

Pourquoi ne pas préciser tous les frais que couvrent les prothèses ?

Pourquoi ne pas dresser la liste exhaustive des frais horaires du cabinet : loyer, salaires, charges sociales, téléphone, électricité, eau, assurance maladie, allocations familiales, retraite, plateau technique, stérilisation, coût des matériaux, formation continue, frais de PCR et radioprotection, frais d’ordinateur, de logiciels et de maintenance de matériel informatique, frais de leasing du fauteuil, de l’unit, des radiographies, frais de ménage, de décoration etc … et fixer le taux horaire du praticien ?

Pourquoi ne pas demander au boulanger d’indiquer le coût de sa farine, au restaurateur le prix des éléments qui lui ont servi à préparer votre repas, à l’architecte le prix de la partie du crayon qui lui a servi à dessiner les plan ainsi que le coût de son papier, à l’avocat le coût de la partie d’encre qu’il va utiliser pour rédiger son assignation, au chirurgien le tarif de la lame qui va lui servir à réaliser son ouverture et le prix du fil qui va servir à suturer, au journaliste le prix du stylo qui lui sert à écrire son article, à une revue le tarif du papier nécessaire à un exemplaire de son mensuel … ?

Vous voyez que cette demande n’a aucune pertinence. Son seul objectif est de dénigrer notre travail en faisant croire que le prix des prothèses dépend de la facture du technicien car nous ne serions que des intermédiaires entre le patient et le laboratoire.

2. Sur la prétendue augmentation de nos tarifs de soins :

 

Vous évoquez en page 54 que notre profession s’était engagée « à modérer le prix des soins prothétiques en échange d’une revalorisation des soins conservateurs (de 33 à 42% selon les actes) ».

Cette affirmation n’a aucun fondement. L’augmentation modique (qui ressemble à de la mendicité ) de trois catégories d’actes (soins de racines, extractions et obturation) n’a été obtenue qu’en échange d’une augmentation mirobolante de notre cotisation d’assurance maladie de sorte qu’il y ait pratiquement compensation de l’une par l’autre.

Parler d’augmentation est donc un non-sens.

3. Sur un cas américain de « malfaçon » indéterminée ! :

 

Vous faites état d’un (et d’un seul cas) de « malfaçon » d’un bridge au Etats-Unis alors que plusieurs millions de couronnes sont posées tous les jours dans le monde.
Croyez-vous vraiment que se faire l’écho de ce cas, dont on ne connaît pas la cause, rend crédible un article critique sur toutes les prothèses dentaires d’autant que votre comparatif place en tête la céramique « chinoise » ?Imaginez un instant, un praticien posant des prothèses dentaires de qualité médiocre pour gagner quelques euros, comment son activité se conclura t-elle ? Clientèle mécontente, demande d’indemnisation, procès en responsabilité, contrôle sécurité sociale et plainte disciplinaire avec à la clé des sanctions d’interdiction d’exercer. Qui croyez-vous assez insensé pour prendre un tel risque pour « augmenter sa marge » de quelques euros ? Nous avons pour obligation de veiller à la qualité de nos prothèses, quelles que soient leurs origines.
4. Sur la traçabilité :

Pour la traçabilité, la réglementation se met en place. Bien sur, nous pouvons être trompés sur les matériaux utilisés mais nous res tons vigilants. Nous devenons de plus en plus exigeants vis-à-vis de nos fournisseurs ou de nos prothésistes car nous respectons la chartre rédigée avec beaucoup de bon sens par notre Conseil de l’ordre.

Comment pouvez-vous écrire qu’en « cas de plainte, nombre de chirurgiens-dentistes préfèrent sans doute rester discrets, quitte à retirer la prothèse défectueuse et la remplacer gratuitement ». Bien sur que notre déontologie nous impose d’agir avec correction vis-à-vis de nos patients. Par respect pour eux, si nous avions le moindre problème, on tente de le résoudre avec conscience. Quel rapport avec votre accusation « d’opacité la profession » ? Nous gara ntissons notre travail et nous appliquons des règles déontologiques strictes, rigoureuses et sérieuses dans l’intérêt de nos patients, rien d’autre.

Pour conclure ces quelques lignes, n’avez-vous pas l’impression de vous être fait manipuler par vos « denturologues » dont l’objectif est le dénigrement et la dévalorisation du travail des chirurgiens-dentistes. Ainsi que par SANTÉCLAIR qui salarie des praticiens afin de pratiquer des prix bas voire des ventes à perte (mais dont le déficit est couvert par les énormes profits que font les assureurs). Leur but est de réclamer aux libéraux les mêmes tarifs impraticables pour asservir notre profession et augmenter leurs énormes bénéfices.

Les assureurs agissent avec beaucoup d’intelligence. Ils ont dupé nombre de nos confrères en leur faisant signer un contrat de partenariat au motif qu’ils guideront leurs clients vers leurs cabinets. Puis, une fois ces membres de notre profession asservis par ce système, les assureurs n’auront plus qu’à imposer leurs prix, dicter leur directives et racheter le système de santé dentaire à la sécurité sociale. Pour appliquer leur politique de mainmise sur la santé des Français, ils font un lobbying impressionnant car eux ont des moyens considérables. Leur objectif final est de gagner beaucoup d’argent en mettant à leur profit notre système de santé.