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Et si la phagothérapie pouvait s’intégrer à la pratique dentaire ?

Actualité Par Stéphane Sananès le 19-02-2019

C’est en 1917 que Félix d’Herelle (1873 – 1949) (1) découvrit et isola le premier bactériophage et inventa la phagothérapie. Ce biologiste franco-canadien, devenu un spécialiste de microbiologie, isole et décrit ce virus responsable de propriétés antibactériennes et qu’il nomme bactériophage.

Prédateurs naturels des bactéries, les bactériophages, plus simplement appelés phages, sont des virus spécialisés, et inoffensifs pour les cellules humaines, capables de détruire par lyse les bactéries qu’ils reconnaissent. Grâce à l’utilisation de ces bactériophages, la phagothérapie permet de traiter efficacement certaines pathologies infectieuses d’origine bactérienne telles que staphylocoque doré, pseudomonas, escherichia coli, Klebsiella, streptocoques, entérocoques, proteus, salmonella

La phagothérapie et l’antibiothérapie

Avant la découverte des antibiotiques, la recherche sur les bactériophages était largement répandue et utilisée comme traitement pour les maladies bactériennes humaines et animales. En effet, l’avantage de ce procédé est la destruction spécifique des bactéries pathogènes ciblées sans aucun impact sur les cellules humaines et les bactéries commensales.

Dans l’environnement, partout où on trouve des bactéries, on rencontre également des virus guérisseurs, les bactériophages actifs…

Après la découverte de l’antibiothérapie, l’utilisation thérapeutique des bactériophages a été progressivement délaissée par la plupart des pays occidentaux séduits par les avantages des antibiotiques. Cependant, les phages ont continué à être utilisé dans un but médical dans un certain nombre de pays, comme la Russie, la Géorgie et la Pologne, où ils sont encore utilisés aujourd’hui. D’ailleurs un site nommé « se soigner en Georgie » (2) a pour vocation de vous informer et de vous renseigner sur vos possibilités de guérison et organise vos soins en Géorgie.

L’avenir de la phagothérapie

Et pourtant, la phagothérapie connaît un regain d’intérêt depuis une dizaine d’années dans nos pays occidentaux et va certainement devenir une alternative aux antibiotiques sans aucun effet secondaire.

Le développement croissant des infections nosocomiales induites par des bactéries multirésistantes et l’absence de nouveaux antibiotiques efficaces expliquent en partie ce nouvel intérêt pour une thérapeutique ancienne, naturelle et particulièrement efficace.

Contrairement aux antibiotiques souvent dotés d’un spectre très large, les bactériophages lytiques développent une action spécifique destructrice de certaines souches d’une espèce donnée. D’où la nécessité d’identifier précisément la bactérie à l’origine de l’infection afin d’injecter le bactériophage approprié pour lyser l’agent pathogène.

Ce sont précisément ces bactériophages lytiques qui sont impliqués dans la médecine dentaire.

Les bactériophages au secours des infections dentaires

La nature infectieuse des caries, des maladies parodontales et péri-apicales, des troubles inflammatoires de la muqueuse orale ou des péri-implantites suggère des procédures que des bactériophages spécifiques puissent être utilisés comme une aide pour cibler les bactéries responsables des infections dentaires (3). En outre, Les bactériophages peuvent réduire l’impact des infections dues au biofilm. La phagothérapie est capable de détruire ou limiter la croissance ou la maturation du biofilm.

Du fait de ce mode d’action très spécifique, les bactériophages détruisent les bactéries nuisibles et préservent les bactéries utiles au bon fonctionnement de l’organisme.

La phagothérapie a aussi quelques limitations, et l’une d’entre elles est l’obligation de personnaliser le traitement pour chaque patient selon l’origine de son infection bactérienne. Cependant, comme le bactériophage vise exclusivement la bactérie pathogène, cela peut-être un avantage, puisqu’il n’impacte pas les bactéries viables. Le coût de ce procédé qui demande l’isolement en laboratoire des bactériophages est particulièrement bas si on le compare aux coûts de la mise sur le marché d’un antibiotique.

L’avenir de la phagothérapie est prometteur car les bactériophages restent actifs sur les bactéries, même si des mécanismes de résistance bactérienne affectent de nombreux antibiotiques. De plus, il a été constaté une amélioration de l’immunité du patient.

La renaissance de la phagothérapie est accompagnée par divers chercheurs internationaux qui étudient cette alternative thérapeutique et développent des procédures d’accompagnement aux traitements actuels.

Dans ce contexte, j’ai l’honneur de connaître le Docteur Alain Dublanchet (4) médecin, microbiologiste, ancien chef de service au centre hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). Il est l’un des spécialistes mondiaux de la phagothérapie, que j’ai mis en contact avec des chirurgiens-dentistes pour des essais cliniques sur l’utilisation des bactériophages dans les péri-implantites.

Une législation stricte

Actuellement, il n’est pas possible de mener ce type de thérapie dans les hôpitaux français. En effet, la phagothérapie fait partie des spécialités pharmaceutiques qui ne bénéficient pas en France d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) et qui n’a pas fait l’objet d’un essai clinique publié. Son utilisation est actuellement seulement autorisée “à titre compassionnel” et avec une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) délivrée par L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Les critères sont très limitatifs (pronostic vital ou fonctionnel engagé du patient). De plus, de telles ATUs sont délivrées par l’ANSM si les conditions suivantes sont respectées : s’il n’existe pas de traitement approprié et si leur efficacité et leur sécurité d’emploi sont présumées sûres en l’état des connaissances scientifiques.

Conclusion

Les chirurgiens-dentistes peuvent se mobiliser pour développer et intégrer dans leur pratique cette technique qui deviendra indispensable face aux impasses thérapeutiques.


(1) Autobriographie de Félix d’Hérelle (1873-1949) Broché – 28 août 2017 par Alain Dublanchet (Commentaires), Maxime Schwartz (Préface)
(2) https://www.sesoignerengeorgie.com/
(3) Dentistry journal « Bacteriophages in Dentistry—State of the Art and Perspectives Liviu Steier, Silvia Dias de Oliveira and José Antonio Poli de Figueiredo
(4) La phagothérapie – Des virus pour combattre les infections – Broché – 27 avril 2017 par Alain Dublanchet (Auteur)

Pour aller plus loin, rendez-vous sur www.hygap.fr le site professionnel de Stéphane Sananès.

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