Lettre au Directeur Général de l’UNCAM et de la CNAM

Par Jean Pierre Attal, Michel Bartala, Pascal De March, Olivier Etienne et Gil Tirlet le 19-03-2018

Les universitaires s’engagent.
235 universitaires (Doyen-ne-s, chefs de service, Professeur-e-s, maîtres de conférence, assistant-e-s, ancien-ne-s assistant-e-s chargé-e-s d’enseignement…) ont signé une lettre initiée par Michel Bartala, Gil Tirlet, Jean-Pierre Attal, Pascal De March et Olivier Étienne et adressée à Mr Revel et pour information à Madame la Ministre des solidarités et de la santé et Professeure des universités Agnès Buzyn.

A Monsieur Nicolas Revel,
Directeur Général de l’Union Nationale des Caisses d’Assurance Maladie (UNCAM) et Directeur Général de la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie (CNAM)


Monsieur Le Directeur Général,

La loi française ne permet pas aux universitaires de participer aux négociations conventionnelles. Toutefois vos collaborateurs ont auditionné différents praticiens chirurgiens-dentistes hospitalo-universitaires, dans l’intention d’argumenter leur réflexion quant au projet d’évolution de l’offre de soins bucco-dentaires aux français et de son financement.
Nous observons dans les propositions présentées à ce jour, des incohérences fortes entre les objectifs fixés, les besoins de soins et les moyens proposés aux chirurgiens-dentistes et aux patients pour réaliser une chirurgie dentaire de qualité.
C’est dans ce contexte que nous prenons l’initiative de ce courrier.

Nous lisons que votre objectif principal est « d’améliorer la prévention et le recours à des soins conservateurs plus respectueux des dents et des tissus dentaires, en favorisant la qualité des pratiques ». Vos propos s’accordent donc avec ceux que nous avons exposés à vos collaborateurs. En effet, les objectifs de la dentisterie moderne que nous enseignons se fondent sur la préservation tissulaire maximale de l’organe dentaire. Pendant les 10/15 dernières années, alors que les protocoles de collage étaient déjà bien codifiés et qu’ils permettaient de préserver les tissus dentaires par des restaurations type inlays/onlays/overlays, certains chirurgiens-dentistes ont dû réaliser des traitements utilisant des couronnes alors qu’elles auraient pu être évitées, se laissant guider dans leur traitement par le seul souhait de remboursement des patients. Les dégâts qui en résultent sont considérables, et ont entraîné des coûts très importants supportés par les français, par la sécurité sociale et les mutuelles.

Dans l’arbitrage de l’an dernier et dans le projet actuel de l’UNCAM, nous notons un plafonnement des restaurations partielles collées indirectes (RPCI ou inlays/onlays/overlays), de plus avec des honoraires parfaitement inadaptés aux conditions thérapeutiques nécessaires pour réaliser de façon optimale les technologies de collage !
Comment pouvons-nous continuer à enseigner aux étudiants de réaliser des inlays/onlays/overlays dans une enveloppe budgétaire restreinte ? Les personnes qui vous ont conseillé pour définir ces honoraires n’ont peut-être pas apprécié de façon juste les frais en relation avec ces techniques. Ainsi ce plafonnement à un prix inadapté est très risqué car cela empêchera les praticiens qui savent les faire d’en réaliser.

En effet, enseignants, nous sommes responsables de la formation des futurs praticiens. Quels discours pouvons-nous tenir face à nos étudiants, chirurgiens-dentistes de demain ?
Comment pouvons-nous continuer à leur enseigner la nécessité d’indiquer des restaurations conservatrices à des honoraires plafonnés et non évolutifs ? Qui plus est, honoraires incompatibles avec le plateau technique et le temps de réalisation clinique, nécessaires à la mise en œuvre de ces soins dans les conditions imposées par les recommandations de la Haute Autorité de Santé ?
Avec le développement de la prévention, d’une prise en charge plus précoce et dans les données acquises de la science, les RPCI doivent être désormais systématiquement envisagées comme le traitement de première intention des dents pulpées ou dépulpées délabrées.
Les restaurations corono-périphériques de type couronne qui imposent de facto le sacrifice de plus de 70% du volume de la couronne dentaire ne devraient être envisagées que lorsque cette quantité de tissus est déjà perdue ou condamnée et que l’indication des thérapeutiques plus conservatrices est dépassée.
Les RPCI constituent donc le traitement de premier choix pour restaurer durablement les dents délabrées lorsque les indications des restaurations directes sont dépassées. En effet, la pérennité de ces traitements, quand ils sont bien conduits, est supérieure à celle des couronnes qui imposent un délabrement important également et sont souvent associées à un ancrage radiculaire (inlay core) ce qui en fait alors l’ultime traitement avant l’extraction.
L’action de l’Etat et de l’UNCAM doit tenir compte de l’évolution des pratiques actuelles enseignées en faveur de la préservation maximale des dents et favoriser cette mutation.

Nous pouvons comprendre la volonté de l’Etat d’offrir un accès aux soins qui permette de réhabiliter l’essentiel des fonctions pour le plus grand nombre, mais cette politique ne doit pas empêcher la mise en œuvre des thérapeutiques actuelles par ailleurs largement appliquées dans tous les grands pays. Ces pratiques actuelles, exigeantes et complexes, doivent aussi pouvoir être appliquées et valorisées à la hauteur des moyens mis en œuvre.

Sans cette orientation, nous n’aurons plus rien d’actuel à enseigner et l’offre de soins en France va limiter les options thérapeutiques aux techniques les plus mutilantes pour les dents.

D’une manière plus générale, quand nous lisons les propositions de l’UNCAM, on note que tout ce qui préserve la dent est plafonné (restauration partielle indirecte comme les inlays/onlays/overlays) ou non remboursé (parodontie, prévention…).
Les praticiens seront donc incités à couronner les dents ou à les extraire plutôt que de les pérenniser !
Au total, les propositions que nous avons lues sont l’exact inverse de la pertinence des soins que défend notre Ministre de la santé.

Nous sommes déterminés à ne pas laisser faire les choses en état, car ce serait la négation de notre engagement pour la santé bucco-dentaire de nos concitoyens et la négation de ce que nous enseignons au quotidien à nos étudiants. Alors, même si nous ne sommes pas à la table des négociations, nous tenions à nous faire entendre.

Nous restons à votre disposition pour participer avec vous à l’élaboration d’un projet ambitieux pour la santé bucco-dentaire des français associé à un enseignement universitaire de haut niveau.
Nous vous prions d’agréer Monsieur le Directeur Général, nos salutations les plus respectueuses.

Drs Jean Pierre Attal, Michel Bartala, Pascal De March, Olivier Etienne et Gil Tirlet.

Contact :  universitaires.odonto@gmail.com

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