Améliorer toutes ses réhabilitations grâce au numérique
Numérique, Santé bucco-dentaire Par Romain Ducassé, Thomas Guery le 27-04-2026Dans ce podcast, le Dr Thomas Guery, invite le Dr Romain Ducassé à défendre une dentisterie de réhabilitation qui ne se limite plus à reproduire une forme esthétique, mais qui cherche d’abord à comprendre le patient dans sa globalité. Selon lui, la réussite d’un traitement ne repose plus sur des modèles statiques, mais sur l’analyse de la fonction réelle, de l’occlusion dynamique et des contraintes qui pèsent sur le système manducateur. Cette évolution l’a conduit à intégrer pleinement le numérique dans sa pratique, notamment pour mieux diagnostiquer, planifier et exécuter ses réhabilitations.
Une évolution clinique
Le déclic du Dr Ducassé vient d’une remise en question progressive de ses propres plans de traitement. Après plusieurs année de traitements esthétiques il prend conscience à quel point l’analyse esthétique seule ne suffit pas à pérenniser le résultat final. L’adaptation du plan de traitement à la physiologie fonctionnelle de ses patients devient rapidement la règle de ses réhabilitations. En comparant le résultat obtenu et le plan qu’il avait imaginé, il comprend qu’il faut aller plus loin dans la compréhension fonctionnelle du patient, car celui-ci peut très bien s’adapter à une situation que le praticien n’avait pas anticipée, comme ne pas s’y adapter.
Cette prise de conscience le pousse à faire évoluer sa démarche clinique. Il ne s’agit plus seulement de maîtriser la dentisterie adhésive ou les restaurations esthétiques, mais de mieux appréhender les mécanismes occluso-fonctionnels et les limites d’adaptation du patient ; notamment dans les prises en charges des usures dentaires pathologiques. Le numérique trouve alors une place de choix, celui d’un moyen d’affiner le diagnostic et d’éviter les traitements trop standardisés.
Dépister tôt
Un autre message fort de l’entretien concerne le dépistage précoce. L’usure dentaire commence parfois de manière très discrète, où le patient peut ne rien remarquer pendant longtemps. Le rôle du dentiste est alors d’identifier les premiers signes : anatomies qui s’effacent, cuspides qui se creusent ou perte de relief sur les faces fonctionnelles.
La photographie macro et l’explication visuelle au fauteuil sont des outils précieux pour rendre ces signes compréhensibles par le patient. Le praticien peut montrer au patient ce qui se joue réellement et l’impliquer dans sa prise en charge. Cette démarche est d’autant plus importante que le dentiste est souvent en première ligne pour repérer des atteintes compatibles avec un reflux gastro-œsophagien, parfois silencieux, et orienter le patient vers le médecin traitant ou le gastro-entérologue.

Causes endogènes
Les causes endogènes d’usure sont souvent plus sournoises. Le reflux gastro-œsophagien, par exemple, peut être asymptomatique chez une grande partie des patients et provoquer malgré tout une acidification chronique de la cavité buccale. Le patient ne se plaint pas toujours de brûlures, mais peut évoquer parfois une haleine particulière, un goût désagréable au réveil, des ballonnements gastriques ou des difficultés digestives.
Le Dr Ducassé rappelle que certaines situations comme les vomissements répétés, l’hyperémèse gravidique ou la boulimie peuvent aussi entraîner des atteintes sévères. Dans ce contexte, l’interrogatoire est indispensable, car l’examen clinique seul ne suffit pas toujours à distinguer une usure active d’une usure ancienne ou stabilisée. Le dentiste joue alors un rôle de repérage médical et de coordination interdisciplinaire.
Bruxisme et surcharge
L’usure mécanique liée au bruxisme correspond à une autre logique. Elle se manifeste par une attrition, avec des facettes d’usure horizontales et des surfaces plus plates. Le Dr Ducassé distingue clairement le serrage axial, le grincement nocturne et les phénomènes de compensation musculaire, dentaire ou articulaire. Cette distinction est importante, car toutes les usures ne relèvent pas du même mécanisme ni de la même stratégie de prise en charge.

Le stress, la qualité du sommeil, les micro-éveils et certains troubles complémentaires du sommeil peuvent jouer un rôle majeur. Le traitement ne repose donc pas uniquement sur une gouttière ou une réhabilitation, mais aussi sur l’éducation du patient, la prise de conscience du serrage en journée et la réduction des facteurs déclenchants. Dans cette logique, l’orthèse occlusal protège les dents, mais il ne remplace jamais le travail sur la cause.
Place de la gouttière
Le Dr Ducassé nuance beaucoup l’usage des différentes gouttières. Elles peuvent être utile pour protéger les structures dentaires, limiter certaines douleurs et stabiliser la situation, mais elle ne règle pas à elle seule un bruxisme actif ou une surcharge fonctionnelle persistante. Dans certains cas, elle peut même devenir contre-productive si l’indication est mal posée ou si elle est utilisée sans diagnostic étiologique clair.
Il distingue plusieurs dispositifs : les gouttières de déprogrammation neuro-musculaire, utiles pour certaines douleurs aiguës, et/ou pour couper certains feedbacks neuromusculaires, et les gouttières Michigan, plus adaptées à certains patients bruxeurs nocturnes. Le choix dépend du diagnostic et de l’objectif recherché : relâcher, protéger ou stabiliser.
Le numérique au service du plan
C’est ici que le flux numérique prend tout son sens. En virtualisant le patient, le praticien peut analyser les mouvements, simuler les restaurations et réfléchir à la réhabilitation avant d’intervenir. Le numérique permet de mieux dialoguer avec le laboratoire, de valider un projet prothétique et de limiter les approximations dans les cas complexes. Il ne remplace pas le raisonnement clinique, mais il l’augmente.

Cette logique correspond parfaitement aux besoins de la réhabilitation des dents en usure pathologie. Au lieu d’ajouter systématiquement de la céramique, il faut d’abord identifier le bon niveau d’intervention, puis déterminer si le patient a besoin d’une simple protection, d’une restauration partielle ou d’une réhabilitation globale. Le numérique, associé au raisonnement clinique, aide précisément à éviter le surtraitement comme le sous-traitement.
Réhabiliter avec justesse
Le Dr Ducassé rappelle enfin qu’une usure dentaire n’est pas forcément pathologique. Les dents sont conçues pour s’user, et toutes les facettes d’usure ne justifient pas des restaurations lourdes. La vraie question est celle de la décompensation : le patient a-t-il encore un potentiel adaptatif suffisant ou bien est-il en train de sortir de sa zone de tolérance fonctionnelle ?
Quand l’usure devient pathologique, douloureuse, asymétrique ou incompatible avec la mastication physiologique, la réhabilitation prend tout son sens. Dans ces cas, l’enjeu est de reconstruire une nouvelle denture fonctionnelle, durable et cohérente avec le comportement du patient. Le numérique, associé à une analyse fine de l’étiologie et à une collaboration étroite avec le laboratoire, permet alors de sécuriser les traitements et d’améliorer leur prédictibilité.
Cet article vous est proposé par le Dr Romain Ducassé et le Dr Thomas Guery, (Fondateur de Média du Sourire).




















