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Les risques liés à l’eau au cabinet dentaire

Par Stéphane Sananès le 23-01-2019
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Le cabinet dentaire est alimenté essentiellement par de l’eau du réseau public, très souvent de bonne qualité, et doit répondre aux normes de potabilité (1).

Malgré cela, le réseau de distribution intérieur au bâtiment ou à l’unité de soins dentaires constitue un facteur de risque. D’une part, la consommation d’eau est souvent faible avec de longues périodes de stagnation et d’autre part cette eau contient des micro-organismes qui peuvent coloniser, en association avec les germes pathogènes ré-aspirés au niveau de l’instrumentation dynamique, les parois internes des circuits de l’unit dentaire et être responsable de la formation d’un biofilm (2).

En outre, pendant ces périodes de stagnation, la température de l’eau augmente, créant un milieu favorable au risque de prolifération de Legionella et à la formation de biofilm.
Des fragments de ce biofilm peuvent se détacher sous l’effet hydrodynamique et contaminer le personnel soignant et le patient.

Des études menées dans différents pays ont démontré que les unités de soins dentaires peuvent présenter un taux de contamination microbienne élevé. Ainsi, l’entretien régulier et permanent du cabinet dentaire doit faire l’objet de toutes les attentions afin d’éviter tout risque sanitaire.

Critères de potabilité fixé par le code de la santé publique articles R;1321-1 à R,1321-5

Critères de potabilité fixé par le code de la santé publique articles R;1321-1 à R,1321-5

Il peut y avoir trois sources de contamination associées aux soins : par voie digestive, respiratoire et parentérale.

Infections digestives : Les Salmonelles, les Listeria ou les parasites responsables de diarrhées. Les virus B, A et E que l’on peut retrouver sur des dispositifs médicaux véhiculés par l’eau des points d’usage du cabinet dentaire. Le Pseudomonas aeruginosa ou Bacille Pyocyanique que l’on peut retrouver dans les locaux de soins.

Infections respiratoires : La Legionella pneumophila, le Pseudomonas aeruginosa et certaines mycobactéries peuvent être présentes dans des aérosols (ou circuits d’eau chaude et climatiseurs) et provoquer la contamination de l’équipe soignante par inhalation. Néanmoins, les patients immunodéprimés ou âgés sont plus exposés.

Infections parentérales : L’eau contaminée au contact de l’os et des tissus conjonctifs peuvent conduire à des infections associées aux soins et provoquer des destructions osseuses avec des séquelles fonctionnelles. Il est préférable d’utiliser de l’eau stérile pour l’irrigation des plaies chirurgicales au cours des interventions de chirurgie, de parodontologie et en implantologie. Cela nécessite l’utilisation d’un dispositif de poches et de tubulures stériles à usage unique totalement indépendant des circuits d’eau de l’unit dentaire.

Si le risque infectieux est relativement faible pour les patients immunocompétents traités dans un cabinet dentaire, la dose infectieuse requise pour provoquer l’infection chez un patient immunodéprimé, chez la personne âgée et chez le malade chronique est plus faible que celle requise chez l’enfant et l’adulte en bonne santé.

Une prévention du risque infectieux doit être mise en œuvre pour réduire le niveau de contamination aux points d’usage du cabinet dentaire. Elle doit être basée sur des règles de bonnes pratiques et sur des  moyens physiques et chimiques.

La purge des équipements, une mesure nécessaire et préventive
La non-utilisation de l’unit dentaire favorise la prolifération des micro-organismes. La purge des équipements permet de réduire efficacement la concentration microbienne.

En début de séance : Afin d’éviter la survenue d’infections chez le patient, il est indispensable d’effectuer une purge des équipements en début de séance pendant au moins 5 minutes avant l’utilisation de l’unit (Conformément au guide de prévention des infections liées aux soins en chirurgie dentaire et en stomatologie – 2ème édition – Juillet 2006). La purge permet d’évacuer les fluides potentiellement infectés et doit être réalisée avant de connecter les porte-instruments dynamiques (PID). Des units dentaires récents disposent de systèmes qui permettent de simplifier la procédure.

Entre chaque patient : Au cours des soins, des fluides buccaux peuvent pénétrer par rétro-contamination à l’intérieur des PID et contaminer les circuits d’eau des units dentaires. Cette purge de 20 à 30 secondes entre chaque patient (Conformément au guide de prévention des infections liées aux soins en chirurgie dentaire et en stomatologie – 2ème édition – Juillet 2006) permet de les éliminer et doit impérativement être réalisée même pour les units dentaires dotés de dispositifs anti-reflux. En pratique, la purge est effectuée en laissant les PID utilisés pour le patient précédent raccordés aux cordons d’alimentation. Ce processus a pour fonction d’évacuer les micro-organismes et les débris organiques présents en suspension dans les conduits internes.

À la fin de la journée, l’assistante dentaire effectue les mêmes opérations que celles réalisées entre chaque patient (évacuation des déchets, nettoyage, désinfection de l’espace des soins) et complète ces mesures d’hygiène par la désinfection du crachoir et des tuyaux du système d’aspiration.

L’utilisation de l’aspiration chirurgicale permet de diminuer considérablement les effets des aérosols provenant de l’instrumentation dynamique.

Le traitement physique et chimique de l’eau
Les robinets des points d’usage doivent être équipés de filtres mécaniques (pores de 0,2 μm) afin de diminuer la charge microbienne d’une façon importante.
Néanmoins, ces filtres sont d’aucune utilité sur les endotoxines bactériennes (3).

D’un point de vue microbiologique, l’utilisation de désinfectants comme l’hypochlorite de sodium (eau de javel) ou le peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée) permet de diminuer la charge microbienne à des niveaux proches d’une eau destinée à la consommation humaine.
Toutefois, les fines tubulures de l’unit dentaire peuvent être dégradées par certains désinfectants corrosifs.
En règle générale, les désinfectants demeurent dans les tubulures pendant la nuit et sont purgés au matin.


(1) Critères de potabilité fixé par le code de la santé publique articles R;1321-1 à R,1321-5
(2) Selon l’Association pour la prévention et l’étude de la contamination (ASPEC), un biofilm est un « ensemble de micro-organismes et de leurs sécrétions macromoléculaires (…) présents sur la surface d’un matériau. ».
(3) Lors de la lyse des biofilms et de la mort des bactéries pathogènes, il y a libération dans l’eau qui les contient d’un très grand nombre d’endotoxines incluses dans les parois de ces organismes.

Pour aller plus loin, rendez-vous sur www.hygap.fr le site professionnel de Stéphane Sananès

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