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Nous allons décrire le cas d’une patiente qui m’a été adressée pour traiter les récessions gingivales de 31 et 41 et améliorer le parodonte qui était extrêmement fin.
Les récessions ne sont pas sensibles, la patiente est en bonne santé générale, ne fume pas et n’a pas de brossage traumatique.
Les récessions de 32 à 42 sont classées RT2 selon la Classification de Cairo : la perte d’attache proximale est inférieure à la perte d’attache vestibulaire. Le parodonte est fin et festonné.
Fig. 01 :vue intra-buccale où l’on remarque des récessions généralisées, un parodonte fin et festonné à la mandibule et du tartre en inter proximal antérieur.
Fig. 02 :vue en occlusion, on remarque la procidence des racines.
Fig. 03 :vue occlusale pour évaluer la finesse du parodonte et l’axe des racines.
Fig. 04 :radio rétro-alvéolaire pré-opératoire pour évaluer le niveau osseux interproximal et l’absence de lésion. On remarque une alvéolise du premier tiers radiculaire pour ces 31 et 41.
La patiente revient pour un assainissement parodontal avant de réaliser la greffe de gencive.
La greffe sera effectuée par tunnelisation avec la technique VISTA et ajout de conjonctif de 32 à 42.
Fig. 05 :prélèvement épithélio conjonctif désépithélialisé au niveau du palais postérieur pour avoir la meilleure qualité de conjonctif (pas trop gras ou glandulaire).
Zadeh a redéfini la procédure de tunnel en 2011 en introduisant la technique d’accès tunnel sous-périosté par incision vestibulaire (VISTA) pour la prise en charge de multiples récessions gingivales adjacentes. En plus d’être peu invasive, cette technique nécessite une ouverture avec un décollement complet du périoste dans la zone de récession.
Elle permet également un repositionnement coronaire passif du lambeau sur la surface radiculaire exposée et augmente la largeur de gencive kératinisée, plutôt que de simplement recouvrir les racines exposées. Cette technique a été développée pour améliorer la prédictibilité, réduire l’inconfort du patient, diminuer le nombre de sites chirurgicaux et répondre aux exigences esthétiques du patient, notamment en termes de couleur gingivale finale.
Fig. 06 :réalisation des 2 incisions entre 32 et 33 et entre 42 et 43 et tunnelisation jusqu’à obtenir une bonne laxité de notre muqueuse.
Fig. 07 :vérification du positionnement de notre greffon.
Le site rétro-tubérositaire permet de prélever un greffon offrant un volume conséquent, ne bonne qualité tissulaire et une excellente stabilité, bien que son accès soit moins aisé.
La technique décrite par les équipes italiennes consiste à réaliser un prélèvement épithélio-conjonctif d’environ 1,5 mm d’épaisseur, suivi d’une désépithélialisation à la lame sur la table opératoire. Elle permet ainsi d’obtenir un greffon de lamina propria homogène et de haute qualité.
Fig. 08 :réalisation des sutures : points suspendus 6/0 non résorbables autour de la contention de 32 à 42, fermeture des incisions avec des points 6/0 résorbables, greffon stabilisé par les points résorbables. Enfin pour terminer point périosté au fil 4/0 résorbable au fond du vestibule.
Une attention particulière est portée à l’immobilisation complète de notre greffon et aussi son enfouissement complet dans le tunnel.
Nous vérifions que nos sutures sont bien étanches et que du sang ne s’échappe pas de notre tunnel. Les conseils post opératoires et prescription médicamenteuse avec antalgiques de palier II sont remis à la patiente.
Fig. 09 :vue intra-buccale à 2 semaines avant la dépose des fils de suture.
La patiente est revue au bout de 2 semaines pour déposer les fils de sutures et contrôler la cicatrisation. Au bout de 2 semaines nous avons un résultat satisfaisant, le parodonte est épaissi et les récessions sont réduites sauf sur 42.
Fig. 10 :vue latérale en occlusion pour apprécier l’épaississement du parodonte et le fond du vestibule en position apicale.
Fig. 11 :vue occlusale à 2 semaines.
Fig. 12 :vue intra-buccale de face à 1 mois, on peut apprécier la cicatrisation de la gencive, l’épaississement du parodonte.
Pour rappel, en présence de récessions multiples, la technique de choix pour obtenir un recouvrement radiculaire est un lambeau tracté coronairement avec l’ajout d’un greffon conjonctif. De nombreuses techniques ont été décrites dans la littérature ce qui peut être complexes à choisir pour le praticien. L’analyse clinique reposant sur une analyse parodontale (phénotype parodontal, hauteur de récession, forme des papilles, hauteur et épaisseur de tissu kératinisé) et dentaire (présence ou non de lésion cervicale non carieuse) est une étape clé pour obtenir un recouvrement complet et un résultat esthétique satisfaisant.
La technique du tunnel tracté coronairement
Une patiente de 55 ans se présente à la consultation pour une gêne esthétique et des hypersensibilités dentinaires (HD) localisées au secteur antérieur maxillaire. Cette douleur aiguë et brève s’est accentuée avec le temps. Elle ne présente aucun antécédent médical, n’est pas fumeuse et n’a pas d’allergie.
Lors de l’interrogatoire, la patiente décrit des sensibilités au froid et au brossage qui se sont accentués avec le temps et a peur de perdre ses dents car elle trouve que ses gencives se rétractent.
Fig. 01 : situation clinique initiale.
À l’examen clinique intra-oral, on note un parodonte épais et festonné, selon Zweers et al. (2014)(1), des hauteurs de tissu kératinisé physiologiques, selon Müller & Eger (1997)(2) et un frein à insertion haute et des papilles larges.
Lors du bilan parodontal, on note des pertes d’attache interproximales et des récessions gingivales de type RT2 sur 12, 11, 21 et 22 selon Cairo et al. (2014)(3). L’indice de plaque et le score de saignement sont compatibles avec la santé parodontale. Le diagnostic parodontal est une gencive saine sur parodonte réduit avec antécédent de parodontite selon Cortellini et Bissada (2018)(4). Lors du bilan dentaire, on note des lésions cervicales non carieuses sur les dents 12, 11 et 21.
Après un relevé de l’ensemble des données cliniques, la planification de la technique chirurgicale se fait en amont de la chirurgie plastique parodontale.
D’après les données de la littérature, la technique de référence pour le traitement des récessions gingivales est le lambeau positionné coronairement, sans incision de décharge verticale, avec ou sans ajout d’une greffe de tissu conjonctif. Plusieurs techniques de lambeaux tractés coronairement ont été proposés pour le recouvrement de récessions multiples. Aujourd’hui, deux approches sont à privilégier :le lambeau positionné coronairement avec rotation papillaire, décrit par Zucchelli et De Sanctis (2000)(5), et le lambeau tunnelisé modifié, introduit par Azzi et Étienne, selon Zuhr et al. (2007)(6).
Dans ce cas clinique précis, le choix de la technique chirurgicale a pris en compte l’homogénéité des récessions, le diagnostic de RT2 et la zone esthétique : la technique de tunnel modifiée et tractée coronairement a été choisie.
Fig. 02 : description du tracé d’incision de tunnel modifié et tracté coronairement.
Fig. 03 : zones de décollement jusqu’à la ligne muco-gingivale et zones de dissection au-delà de la ligne muco-gingivale.
Après une étape de désinfection pré-opératoire exo- et endo-buccale à l’aide d’une solution de povidone iodée, une anesthésie locale est réalisée de 13 à 23 traçante.
La surface radiculaire exposée est traitée par surfaçage et polissage minutieux afin de rendre les surfaces biocompatibles et favoriser un environnement pouvant accueillir le tissu mou.
La préparation du site receveur débute par un surfaçage radiculaire de 13 à 23.
Fig. 04 : Incisions intra-sulculaires à l’aide d’une lame MJK® BW002.
Réalisation des incisions intra-sulculaires de 13 à 23 à l’aide d’une instrumentation micro-chirurgicale MJK BW002®.
Afin de tracter le maximum de tissu kératinisé apical à la récession, un décollement autour des récessions est réalisé jusqu’à la ligne muco-gingivale à l’aide de micro-décolleur Deppeler®.
Fig. 05 : décollement jusqu’à la ligne muco-gingivale à l’aide de micro-décolleur Depeller®.
Une dissection en épaisseur partielle superficielle est réalisée au-delà de la ligne muco-gingivale apicalement et latéralement aux récessions. Afin de limiter le traumatisme tissulaire et le risque de perforation, Zuhr et al. (2007)(6) conseille l’utilisation de lames de micro-chirurgie, utilisée ici. L’objectif est d’obtenir un lambeau mobile afin d’assurer sa traction et permettre une bonne vascularisation du greffon conjonctif.
Fig. 06 : dissection au-delà de la ligne muco-gingivale à l’aide de micro lame MJK spoon blades®.
Fig. 07 : visibilité de lame spoon blades® en transparence dans le lambeau.
La vérification de la laxité du lambeau est une étape clé afin d’assurer une traction coronaire satisfaisante pour le recouvrement radiculaire.
Fig. 08 : vérification de la laxité du lambeau à l’aide d’une sonde parodontale.
La mesure du futur greffon est calibrée à l’aide d’une sonde parodontale sur le site receveur et reporté au palais. Une technique de prélèvement épithélio-conjonctif est réalisée à l’aide d’une lame 15.
Le choix de cette technique de prélèvement a été orienté par la présence de lésion cervicale non carieuse avec marche de + de 0,5mm selon Pini-Prato et al. (2010)(7). Le prélèvement épithélio-conjonctif permet de mieux gérer l’épaisseur du greffon et sa constitution. En effet, il a été démontré qu’un greffon essentiellement constitué de lamina propria permet un gain statistiquement significatif d’épaisseur de tissu à long terme selon Migliorati et al. (2015)(8).
Le greffon épithélio-conjonctif est ensuite désépithélialisé sur table à l’aide d’une lame 15 neuve.
Les sutures du palais sont réalisées à l’aide de fil 4/0 vicryl Neohm® après la mise en place d’un pansement hémostatique Surgicel®.
Une plaque de protection palatine est réalisée en méthode directe au fauteuil Elemental®.
Fig. 09 : vue occlusale de l’arcade maxillaire décrivant la protection du palais à l’aide d’une plaque palatine réalisée en méthode directe Elemental®.
Le greffon est inséré dans le tunnel créé et attaché en mésial et en distal par des sutures type Blair Donati à l’aide de fil 6/0 monofilament Neohm®.
Fig. 10 : sutures du greffon et du lambeau à l’aide de fil 6/0 et 5/0 prolène Neohm®.
Le lambeau est ensuite stabilisé à l’aide de sutures double-crossed décrites par Zuhr et al. (2007)(6) suspendus sur des composites inter-proximaux coronaires ne gênant pas l’occlusion du patient. L’aiguille perfore en premier la base de la papille vestibulaire, et ressort à la base de la papille palatine. L’aiguille est passée en vestibulaire, au-dessus du point de composite. La même procédure est alors répétée en passant par le côté palatin afin de réaliser la deuxième crosse. Le nœud est plaqué en vestibulaire en exerçant une pression douce. L’ajout de 3 sutures supplémentaires suspendues autour des 11, 21 et 22 a été nécessaire pour assurer une traction coronaire efficace et une immobilité du lambeau tracté.
En post-opératoire, une compression du site est réalisée pendant 5 minutes pour limiter d’étendre le caillot sanguin et favoriser une revascularisation plus rapide après intervention. Une gouttière de protection palatine est mise en place pour assurer une protection du palatin durant toute la phase de cicatrisation.
Fig. 11 : situation clinique à 10 jours post-opératoire avant dépose des sutures.
À 10 jours, les sutures sont déposées. Les résultats à 1 mois sont satisfaisants. On note une légère souffrance tissulaire de la papille 21-22. Le recouvrement radiculaire est complet.
Fig. 12 : situation clinique à 1 mois post-opératoire.
Les résultats à 6 mois sont très satisfaisants. Les tissus se sont lissés et un recouvrement radiculaire de 100% a été obtenu.
Fig. 13 : situation clinique à 6 mois post-opératoire.
Conclusion
Comme décrit dans la littérature, un recouvrement radiculaire complet a été obtenu selon Chambrone et al. (2019)(9). La patiente est très satisfaite sur le plan esthétique et fonctionnel. Elle ne décrit plus aucune hypersensibilité dentinaire selon Antezack et al. (2022)(10).
Une analyse clinique approfondie est nécessaire, prenant en considération la qualité des papilles interdentaires, le phénotype parodontal, le diagnostic des récessions ainsi que la quantité de tissu kératinisé, tant en hauteur qu’en épaisseur. Il est évident que l’expérience du praticien, de même que ses préférences, influencent le choix des techniques chirurgicales de recouvrement radiculaire, à condition que celles-ci soient conformes aux concepts actuels de la chirurgie plastique parodontale.
Vous pouvez voir la vidéo complète sur la technique du tunnel tracté coronairement pour le traitement des récessions multiples maxillaires en cliquant ici.
Pendant longtemps, l’esthétique gingivale est restée en arrière-plan dans la conception du sourire idéal. Pourtant, son rôle est fondamental puisqu’elle structure, équilibre et révèle l’harmonie faciale.
Retour sur la conférence Oral-B du Pr Virginie Monnet-Corti du 4 juin 2025 :
« Chirurgie muco-gingivale : choix thérapeutiques des récessions gingivales dans un contexte esthétique ».
Le sourire gingival
Une étude française(1) menée sur plus de 570 patients a révélé que 43 % des patients exposent leur gencive lors d’un sourire forcé. Ce chiffre grimpe encore davantage lors d’un éclat de rire. Autrement dit, même une récession minime d’1 à 2 mm peut être perçue… et gênante pour le patient.
Dix ans plus tard, cette étude a été reproduite en Inde, avec des résultats similaires, ce qui démontre que cette visibilité du parodonte est indépendante du sexe, de l’âge ou de l’origine ethnique. Ce n’est donc pas un « cas rare », mais bien une situation fréquente, que nous devons anticiper.
Derrière l’esthétique, un inconfort quotidien
Les récessions gingivales ne posent pas seulement un problème visuel. Elles impactent fortement la qualité de vie :
• Hypersensibilité au chaud ou au froid
• Douleurs au brossage
• Sentiment d’inconfort, voire de gêne à sourire
• Risque de brossage traumatique ou d’abandon de l’hygiène bucco-dentaire
Le patient, inquiet, peut involontairement aggraver la situation en adoptant de mauvaises habitudes d’hygiène. D’où l’importance d’un accompagnement éducatif adapté.
Des outils simples pour objectiver nos résultats
L’analyse de l’esthétique gingivale ne repose pas uniquement sur un jugement subjectif. Aujourd’hui, plusieurs outils validés permettent d’objectiver et standardiser cette évaluation, ce qui améliore la précision du diagnostic et le suivi des traitements :
• Le Smile Esthetic Index (SEI)(2) attribue une note globale selon 10 critères, dont 5 liés aux tissus gingivaux, comme la symétrie, la ligne gingivale et l’exposition des gencives lors du sourire.Fig. 01 : présentation clinique d’une classe II en parodontie, avec un Smile Esthetic Index (SEI) de 7/10. Le sourire est symétrique, le parodonte mandibulaire est exposé, et une dyschromie est observée sur la 31.
Score sur 10 (0 ou 1) = 7/10 :
• Ligne du sourire harmonieuse ? Oui 1/1 • Ligne des milieux correcte ? Non 0/1 • Alignement des couronnes correct ? Non 0/1 • Absence d’atteinte de la forme des dents visible ? Oui 1/1 • Absence de dyschromie dentaire visible ? Non 0/1 • Absence de dyschromie gingivale visible ? Oui 1/1 • Absence de récession gingivale visible ? Oui 1/1 • Absence d’excès de gencive visible ? Oui 1/1 • Absence de cicatrice gingivale visible ? Oui 1/1 • Absence de diastème visible et/ou de papilles interdentaires manquantes ? Oui 1/1
• Le Root Esthetic Score (RES)(3) évalue de façon détaillée l’esthétique du parodonte autour des racines dentaires, notamment après des interventions de recouvrement radiculaire, en prenant en compte le niveau, la texture, la couleur et la forme des tissus mous.Fig. 02 : présentation sur un cas clinique du système d’évaluation du résultat esthétique global des chirurgies de recouvrement radiculaire à 6 mois postopératoires.
• 60 % du score RES = recouvrement radiculaire complet • 40 % du score RES = 4 autres critères secondaires
• Le Before-After Scoring System (BASS)(4) permet de comparer directement l’état esthétique avant et après traitement, en quantifiant les changements au niveau gingival et dentaire pour mesurer l’efficacité des interventions.Fig. 03 : présentation sur un cas clinique de l’évaluation esthétique qualitative après les interventions de recouvrement radiculaire.
7 critères des tissus mous, évalués selon une échelle en cinq points : 1 point : mauvais, 2 points : passable, 3 points : bon, 4 points : très bon, 5 points : excellent
• Degré de recouvrement radiculaire : (excellent) 5 points
• Correspondance de la couleur : (excellent) 5 points
• Correspondance de la texture : (excellent) 5 points
• Correspondance du volume : (excellent) 5 points
• Absence de cicatrices hypertrophiques : (excellent) 5 points
• Présence de tissu kératinisé existant : (excellent) 5 points
• Contour gingival : (excellent) 5 points
Score global : 35/35
Échelle numérique de 10 points pour l’apparence esthétique globale : 10/10
Ces outils facilitent non seulement la communication avec le patient en illustrant les progrès réalisés, mais ils assurent également une documentation rigoureuse et reproductible des résultats chirurgicaux, essentielle pour l’évaluation clinique et la recherche.
Chirurgie parodontale et hygiène
Grâce aux techniques modernes (tunnels, enveloppes, lambeaux positionnés coronairement avec greffon conjonctif), nous obtenons aujourd’hui des résultats prédictibles et stables dans le temps. Mais pour garantir leur durabilité, l’hygiène post-opératoire est essentielle.
Une attention particulière doit être portée au choix de la brosse à dents et à la gestuelle. Le Pr Virginie Monnet-Corti insiste sur la nécessité de déprogrammer les brossages traumatiques. Les brosses électriques à technologie douce, comme celles proposées par Oral-B, permettent de protéger les tissus fragilisés sans compromettre l’efficacité du brossage.
L’esthétique gingivale mérite une approche rigoureuse, interdisciplinaire, et surtout adaptée à chaque patient. Il ne s’agit pas uniquement de recouvrir une racine, mais d’offrir un sourire cohérent, naturel, et surtout… vécu positivement par le patient.
Conclusion
L’esthétique gingivale n’est plus un luxe, mais une réponse thérapeutique indispensable. Elle contribue à l’estime de soi, au confort fonctionnel et à la pérennité des traitements. Grâce à une évaluation fine, une technique maîtrisée et un accompagnement sur l’hygiène personnalisé, nous pouvons transformer de simples récessions en véritables succès cliniques et humains.
Référence bibliographique
(1) Mathias Faure-Brac, Angéline Antezack, Sebastien Melloul, Mehdi Hadj Saïd, Anne Raskin et Virginie Monnet-Corti – Smile Aesthetic Evaluation on Videographs: An Intra-Rater and Inter-Rater Agreement Study. Publié le : 16 May 2022 : https://www.mdpi.com/2304-6767/10/5/87#
(2) Liebart MF, Fouque-Deruelle C, Santini A et al – Smile line and periodotum visibility. Periodontal Pract today 2004 ; l; 15-25 Rotundo R, Nieri M, Bonaccini D, Mori M, Lamberti E, Massironi D, Giachetti L, Franchi L, Venezia P, Cavalcanti R, Bondi E, Farneti M, Pinchi V, Buti J – The Smile Esthetic Index (SEI) : A method to measure the esthetics of the smile. An intra-rater agreement study. Eur J Oral, Implantol. 2015 Winter; 8(4) : 397-403
(3) Cairo F, Rotundo R, Miller PD, Pini Prato GP – Root coverage aesthetic score : a system to evaluate the aesthetic outcome of the treatment of gingival recession through evaluation of clinical cases. J Periodontol. 2009;80(4):705-10.
(4) Kerner S, Sarfati A, Katsahian S, Jaumet V, Micheau C, Mora F, Monnet-Corti V, Bouchard P – Qualitative cosmetic evaluation after root-coverage procedures. J Periodontol 2009;80:41-47.
Oral-B vous propose une série de 4 épisodes sur les échecs en dentisterie. Dans ce deuxième volet de 30 minutes, le Dr Alexandre Philippakis donne la parole au Pr Virginie Monnet-Corti, spécialiste en parodontologie, qui nous dévoile comment mettre toutes les chances de notre côté pour éviter l’échec en chirurgie plastique parodontale, aussi appelée chirurgie muco-gingivale.
Anticiper, gérer et réussir
Pour minimiser au maximum les échecs lors de chirurgies muco-gingivales, il est nécessaire d’anticiper et de gérer chaque traitement de manière personnalisé. En effet, en chirurgie parodontale, chaque cas est unique, chaque patient présente ses propres contraintes biologiques et psychologiques. D’où l’importance d’une préparation rigoureuse, autant du point de vue technique que dans la communication avec le patient.
Il est primordial d’expliquer et de rassurer son patient en abordant les principales complications possibles, et les actions pour les gérer ou les éviter. Cette démarche vise à instaurer une relation de confiance, à préparer le patient à différentes éventualités, et à faciliter la gestion post-opératoire en cas d’imprévus.
Il faut savoir qu’une complication peut survenir malgré une intervention techniquement réussie, et n’implique pas nécessairement une erreur opératoire. Le Pr Virginie Monnet-Corti insiste sur cette nécessité de recul et de discernement : comprendre les causes d’une complication, savoir la gérer, adapter la suite du traitement ; c’est aussi cela, la réussite !
Dans cette vidéo, le Pr Virginie Monnet-Corti partage son expérience et ses conseils pratiques en répondant aux questions suivantes :
• Comment expliquer une intervention de chirurgie plastique parodontale et rassurer son patient ?
• Quels sont les principales complications peropératoires possibles ? et comment peut-on les éviter ou les gérer ?
• Que faire si les suites opératoires ne sont pas celles attendues ?
• Est-ce toujours une faute opératoire ?
• Quand parle-t-on d’échec ou de complication ?
• Que dire aux praticiens qui se confrontent à ces échecs ou complications ?
Oral-B poursuit sa série exclusive consacrée aux échecs en dentisterie avec un troisième épisode de 30 minutes. Cette fois, le Pr Virginie Monnet-Corti donne la parole au Dr Alexandre Philippakis, qui aborde avec transparence un sujet universel, mais souvent tabou : la frustration liée aux échecs en parodontologie.
Car oui, même en ayant tout mis en œuvre pour réussir un traitement parodontal, il arrive parfois que les résultats ne soient pas à la hauteur des attentes. Qui n’a jamais vécu cette situation, mêlant déception et remise en question ?
J’ai des problèmes, pourquoi ça ne répond pas ?
Fort de son expérience dans le domaine, le Dr Alexandre Philippakis partage ses réflexes cliniques et ses habitudes de travail, illustrés par des cas concrets où tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Ces situations, parfois difficiles à vivre sur le moment, se révèlent être de formidables opportunités d’apprentissage. Il explique comment analyser ces échecs, comprendre leurs origines et ajuster sa pratique pour améliorer constamment ses résultats cliniques.
Ce troisième épisode « Petits problèmes en parodontologie : pourquoi ça ne répond pas ? » s’inscrit dans la continuité d’une série pensée pour dédramatiser l’échec et encourager une approche constructive et bienveillante de l’apprentissage clinique. Vous pouvez retrouver les deux premiers épisodes : • L’erreur, un atout insoupçonné, par le Dr Guillaume Heller.
• Chirurgie parodontale : anticiper, gérer et réussir, par le Pr Virginie Monnet-Corti.
• Bien placer ses pions pour des pulpotomies réussies, par le Dr Camille Laulan.
La technique présentée ici fait partie des lambeaux positionnés coronairement. Lorsqu’elle est combinée à un greffon conjonctif, elle constitue la technique de choix pour traiter les récessions gingivales unitaires, qu’il y ait ou non une perte d’attache interdentaire(1, 2).
Le traitement des récessions unitaires a été largement documenté, avec des variantes qui ont évolué au fil du temps, à commencer par Raetzke en 1985(3), Allen en 1994(4), Azzi et al.(5) puis Zuhr et al. avec les avancées des techniques de micro-chirurgie(6, 7).
La technique opératoire de l’enveloppe
Un patient de 35 ans, se présente au cabinet pour une gêne esthétique et une Hypersensibilité Dentinaire (HD) localisée sur la dent 23. Cette douleur aiguë et brève est apparue après un traitement orthodontique.
Le patient, sans antécédent médical, n’est pas fumeur et n’a pas d’allergie.
Lors de l’interrogatoire, il décrit des sensibilités thermiques et au brossage, ce qui affecte sa qualité de vie au quotidien(8). À l’examen clinique, le patient découvre son parodonte lors du sourire forcé (classe III Parodontia). À l’examen intra-oral, on observe un parodonte maxillaire fin et festonné selon Zweers et al.(9) associé à une récession tissulaire marginale de type RT1 (Cairo et al.)(10).
Fig. 01 : vue clinique latérale du sourire forcé montrant la récession sur 23.
Chez ce patient, le facteur déclenchant des récessions est d’ordre iatrogène, lié à un traitement orthodontique récent, associé au facteur prédisposant de parodonte fin évalué par la palpation.
Lors du bilan parodontal, il n’y a aucune perte d’attache interproximale, l’indice de plaque et le score de saignement sont compatibles avec la santé parodontale. Le diagnostic parodontal est celui d’une gencive saine sur parodonte réduit sans antécédent de parodontite(11). Lors du bilan dentaire, il n’existe aucune lésion cervicale non carieuse ni de restauration iatrogène.
Fig. 02 : situation clinique du secteur concerné.
Pour diagnostiquer les hypersensibilités dentinaires, un score de Schiff est réalisé sur la dent 23 et un score est donné selon l’échelle SCASS (Schiff Cold Air Sensitivty Scale)(12).
Rappel sur le score SCASS (Schiff Cold Air Sensitivty Scale) :
• Le sujet ne réagit pas au stimulus d’air.
• Le sujet réagit au stimulus d’air mais ne demande pas l’arrêt du stimulus.
• Le sujet réagit au stimulus d’air et demande qu’il soit interrompu ou qu’il s’en éloigne.
• Le sujet réagit au stimulus d’air, considère que le stimulus est douloureux et demande qu’il soit interrompu.
Dans ce cas, la dent concernée est la 23, avec un score de 3.
Après avoir collecté toutes les données cliniques, la planification de la technique chirurgicale est réalisée avant l’intervention de chirurgie plastique parodontale.
Fig. 03 : planification de la technique chirurgicale et montrant l’épaisseur totale (full) et l’épaisseur partielle (partial).
Après une désinfection pré-opératoire exo-buccale et endo-buccale à l’aide d’une solution de digluconate de chlorhexidine, une anesthésie locale traçante est réalisée de 22 à 24 traçante. La surface radiculaire exposée est soigneusement traitée par surfaçage et polissage afin de rendre les surfaces biocompatibles et favoriser un environnement propice à l’accueil du tissu mou.
Fig. 04 : surfaçage de la zone radiculaire exposée à l’aide d’une curette de Gracey.
La préparation du site receveur débute par une incision intra-sulculaire autour de la récession de la dent 23 et également autour des dents adjacentes des dents 22 et 24 à l’aide d’une instrumentation micro-chirurgicale type Spoon Blade® (MJK Instruments).
Fig. 05 : incision intra-sulculaire à l’aide d’une lame.
Afin de tracter le maximum de tissu kératinisé apical à la récession, un décollement autour de la récession 23 est réalisée jusqu’à la ligne muco-gingivale.
Une dissection en épaisseur partielle superficielle est réalisée au-delà de la ligne muco-gingivale apicalement et latéralement à la récession. Pour limiter le traumatisme tissulaire et le risque de perforation, Zurh et al. recommandent l’utilisation de lames micro-chirurgicales. L’objectif est d’obtenir un lambeau mobile permettant une traction optimale et assurant une bonne vascularisation du greffon conjonctif.
Fig. 07 : épaisseur partielle à l’aide d’une lame Spoon Blade® (MJK).
Les papilles larges, limitant la traction coronaire, sont également décollées pour améliorer cette traction. Bien que le traitement d’une récession unitaire semble simple, la complexité réside dans la capacité à tracter un lambeau sur une petite zone.
Fig. 08 : mise en place du greffon conjonctif obtenu par mono-incision sur le site receveur.
La taille du greffon nécessaire est déterminée à l’aide d’une sonde parodontale sur la zone receveuse puis transférée au palais. Une incision unique est réalisée à la lame 15(13). Un greffon de 1 mm d’épaisseur est prélevé afin de minimiser le risque d’exposition etgarantir une revascularisation rapide entre le lambeau et le tissu sous-jacent pendant la phase de cicatrisation.
Dans ce cas, en l’absence de lésion cervicale non carieuse, il n’est pas nécessaire de prélever un greffon trop épais. Zuccheli et al., ont même démontré qu’un greffon conjonctif d’une épaisseur inférieure à 1 mm pouvait améliorer les résultats esthétiques du site traité(14).
Fig. 09 : situation post-opératoire immédiate avec sutures.
Le greffon conjonctif est inséré dans l’enveloppe créée et attaché en mésial et en distal par des sutures type Blair-Donati avec du fil 6/0 monofilament (Néohm®).
Le lambeau est ensuite stabilisé à l’aide de sutures double-crossed décrites par Zuhr et al. suspendues sur des composites inter-proximaux coronaires ne gênant pas l’occlusion du patient. L’aiguille perfore d’abord la base de la papille vestibulaire, et ressort à la base de la papille palatine. Elle est ensuite passée en vestibulaire, au-dessus du point de composite, et la même procédure est répétée en passant par le côté palatin pour réaliser la deuxième crosse. Le nœud est plaqué en vestibulaire en exerçant une pression douce.
En post-opératoire, une compression du site est réalisée pendant 5 minutes pour limiter l’expansion du caillot sanguin et favoriser une revascularisation rapide après l’intervention. Une gouttière de protection palatine est mise en place pour protéger le palais durant toute la phase de cicatrisation. Les sutures sont déposées à 10 jours.
Fig. 10 : comparaison des situations cliniques initiale et à la dépose des points à 10 jours.
Fig. 11 : situation clinique à 6 mois après opération.
Les techniques de tunnel et d’enveloppe, largement discutées dans la littérature, sont réputées pour offrir des taux de recouvrement élevés, variant entre 80 et 100 %(15). Elles permettent d’obtenir d’excellents résultats esthétiques et favorisent une intégration optimale des tissus conjonctifs.
En outre, une étude menée par Pini-Prato et al. a démontré que la réduction des récessions gingivales unitaires maxillaires et l’augmentation du tissu kératinisé, obtenues à court terme grâce au greffon conjonctif et au lambeau positionné coronairement, peuvent être maintenues à long terme, avec une majorité de sites traités ne présentant pas de rechute du bord gingival(16).
Par ailleurs, Bathavadekar et al. ont observé qu’en l’absence d’incision de décharge verticale, une meilleure stabilité du bord gingival et une largeur de tissu kératinisé plus importante étaient obtenues(17).
Conclusion
Grâce à l’évolution de la technique initiale et aux avancées des instruments microchirurgicaux spécialisés, la technique de l’enveloppe modifiée est désormais considérée comme une méthode de choix pour traiter les récessions gingivales unitaires.
De plus, selon les données récentes de la littérature et une méta-analyse récente, la chirurgie plastique parodontale de recouvrement radiculaire est une alternative efficace dans le traitement de l’hypersensibilité dentinaire associée aux récessions gingivales(18).
(7) A. Antezack., A. et V. Monnet-Corti – Le recouvrement radiculaire par la technique de l’enveloppe modifiée. Réalités Cliniques, Hors série. 2020; 31: 22-26.
Le Pr Virginie Monnet-Corti nous partage ses conseils sur l’hygiène bucco-dentaire pour nos patients après une chirurgie muco-gingivale.
En quoi l’hygiène orale est-elle spécifique après une chirurgie muco-gingivale ?
Lorsqu’on réalise une chirurgie muco-gingivale, aussi appelée chirurgie plastique parodontale, en général, c’est pour recouvrir une ou plusieurs racines dénudées suite à une récession gingivale. Et ainsi, bien souvent, il y aura 2 sites opératoires : le site receveur et le site donneur de la greffe (le plus souvent au palais).
C’est la raison pour laquelle, il existe plusieurs spécificités dans les conseils postopératoires.
Fig. 01 : situation pré-opératoire.
En chirurgie parodontale, vous entendrez parler de « minimalement invasive » ou de « micro-chirurgie ». Cela désigne les incisions, a minima avec des lames de bistouri très petites et très fines, mais aussi des approches d’accès les moins traumatisantes possibles. L’utilisation de fils de sutures de diamètre très fins, plus fins qu’un cheveu, est recommandé. L’idée majeure biologique est le maintien d’un caillot sanguin immobile sur les sites opératoires le plus longtemps possible, car c’est l’élément majeur de la cicatrisation.
Fig. 02 : greffe per-opératoire.
Quels conseils faut-il donner aux patients ?
Le premier conseil est de ne pas explorer la plaie chirurgicale, ni avec la langue, ni avec les doigts, ni avec les instruments d’hygiène habituels (brosse à dents, brossettes interdentaires, fil dentaire…) durant les 7 à 10 premiers jours qui suivent l’intervention.
Une alimentation énergétique, calorique, semi-molle et tiède est aussi recommandée. On ne cicatrise bien que si nous sommes en bonne santé et si l’apport alimentaire est riche en vitamines. Il faut éviter les aliments acides et pimentés, agressifs/irritants pour les tissus en cours de cicatrisation.
En revanche, il faut que l’hygiène bucco-dentaire soit optimale dans les autres sites de la bouche pour éviter une éventuelle contamination voire une surinfection.
Pour les soins locaux, il est préconisé d’appliquer directement sur les points de suture un gel, ou à défaut un bain de bouche à base d’antiseptique, avec la pulpe du doigt propre ou un coton tige, voire une brosse à dents manuelle à poils extrêmement souples (diamètre inférieur à 6,5/100 de millimètres). Les autres sites doivent être nettoyés comme à l’habitude. Un bain de bouche antiseptique est aussi conseillé jusqu’à la dépose des points de suture (7 à 15 jours après l’opération).
La dernière consigne est de bien suivre la posologie des soins locaux et la prise des médicaments par voie orale.
À quel moment est-il possible de reprendre un brossage « normal » ?
Lorsque les points de suture ont été déposés et que la cicatrisation est sans complication, ni retard, le brossage de la zone opérée peut être à nouveau réalisé avec une brosse à dents manuelle à poils très souples (diamètre inférieur à 10/100° de millimètres pendant encore 15 jours).
Des brossettes interdentaires souples dont le diamètre a été calibré par le praticien à la dépose de points peuvent aussi être utilisées durant cette période.
Le gel et/ou le bain de bouche antiseptique ne sont plus préconisés. Pour éviter de perturber le microbiote oral, un dentifrice non agressif pour les tissus mous est conseillé.
Ensuite, le jour du contrôle postopératoire à 1 mois, il est courant de conseiller au patient de reprendre toutes ses habitudes d’hygiène bucco-dentaire courantes : brosse à dents avec têtes de brosse souple (diamètre inférieur à 20/100° de millimètres) et brossettes recalibrées, dureté normale.
Il n’y a pas d’adaptation spécifique à prendre en compte avec le brossage électrique. Que le brossage des dents et des gencives soit manuel ou électrique, les consignes très spécifiques sont les mêmes. Il faut rassurer le patient quant à l’innocuité et au bien-fondé de continuer à brosser très assidument les zones non opérées.
Et les brosses à dents soniques ?
Il n’y a pas d’adaptation spécifique à prendre en compte avec les brosses à dents soniques. Très souvent, les patients qui ont bénéficié de chirurgie plastique parodontale ou muco-gingivale pour renforcer et recouvrir leurs racines utilisent avec bénéfice des brosses à dents soniques. Ces dernières permettent d’obtenir un score de plaque très bas compatible avec la santé parodontale sans avoir les effets négatifs d’un brossage manuel généralement trop agressif pour les gencives. D’ailleurs, il a été montré, que le brossage mécanisé n’altérait pas la qualité des gencives greffées en post-opératoire à long terme et bien entendu ne favorisait pas l’apparition de récessions gingivales.
Le laser ablatif Er:YAG a été décrit pour ses effets bactéricides et de détoxification des surfaces. En effet, son efficacité a été démontrée sur le retrait des dépôts bactériens et des dépôts minéralisés sous-gingivaux, tout en induisant un stress mécanique et en préservant l’intégrité de la surface radiculaire(1). Le principe d’action est l’absorption de l’énergie par l’eau et les composés organiques des tissus afin d’induire une élévation de la température conduisant à une évaporation d’eau et in fine à l’expansion du tartre jusqu’à son détachement de la surface dentaire.
Fig. 01 :dans ce cas clinique, la patiente souffrait d’une parodontite avancée. Lors de l’assainissement, des sécrétions purulentes étaient présentes. Nous avons donc utilisé le laser Er:YAG, dont l’action antibactérienne a permis de compléter l’assainissement par ultrasons. La cicatrisation a été très rapide, et aucun liquide séreux n’était présent lors du contrôle à 3 mois.
Comme dans toute technique médicale, la balance coût-bénéfice doit être scrupuleusement évaluée par le praticien. La littérature ne montre pas d’effet bénéfique du laser Er:YAG par rapport au traitement non chirurgical classique mécanique ou ultrasonique en termes de retrait du tissu inflammatoire et clinique(2).
La méta-analyse de Salvi et al. de 2020 montre aussi que le laser Er:YAG utilisé en adjonction du traitement mécanique classique n’offre pas non plus de bénéfice clinique comparé au traitement mécanique seul : léger bénéfice en termes de réduction de profondeur de poche et gain d’attache, mais non significatifs.
D’autres types de laser ont aussi été évalués lors du traitement parodontal non chirurgical (laser Nd:YAG, laser dioxyde). Ces derniers ne sont pas efficaces pour le retrait de tartre sous-gingival, ils ont donc été étudiés pour leurs effets antimicrobiens en adjonction à l’instrumentation classique, mais les résultats sont controversés.
Fig. 02 :dans les poches parodontales, nous allons préféré utiliser un tips avec un champs d’action initialement focalisé, puis qui se diffuse. Le Tips P600T de Morita,est particulièrement adapté pour les poches parodontales de taille moyenne. Un paramètre de 20 Hz – 50 mJ, sous spray d’eau stérile est recommandé avec ce tips, et un temps d’action assez court pour n’avoir qu’une action d’assainissement et non chirurgicale.
La littérature actuelle ne montrant pas de bénéfice clinique évident lors de l’utilisation du laser, son utilisation et le coût additionnel associé à cette technique n’est alors pas justifié. C’est pour cette raison que dans les recommandations de l’European Federation of Periodontology (EFP) de 2020, il est suggéré de ne pas utiliser le laser en adjonction à l’instrumentation sous gingivale classique(3).
De la même manière, l’utilisation du laser lors du traitement parodontal chirurgical résectif ou régénératif n’est pas recommandé non plus en raison de son bénéfice clinique négligeable et du manque de preuves scientifiques(4).
Traitement des maladies péri-implantaires
Dans le traitement non chirurgical des mucosites et péri-implantites, la décontamination de la surface implantaire exposée est l’étape clé à la résolution de l’inflammation et à la guérison des lésions. L’utilisation du laser a alors été testée en monothérapie et en adjonction au traitement mécanique seul, mais ne montre aucun bénéfice clinique supplémentaire.
Une étude conduite sur 220 patients(5) montre une guérison des mucosites de 31% avec le traitement mécanique seul et de 34% avec le laser utilisé en adjonction. De la même façon, le laser Er:YAG ne montre pas de bénéfice histologique et clinique dans le traitement des péri-implantites(6, 7, 8)comparé au traitement mécanique seul. Environ 50% des péri-implantites traitées de manière non chirurgicale nécessitent secondairement une prise en charge chirurgicale, quelle que soit la technique non chirurgicale utilisée, le laser ne faisant pas exception.
Lors du traitement chirurgical des péri-implantites, le laser permet de décontaminer efficacement la surface implantaire tout en préservant son intégrité. Le laser Er:YAG n’interagit pas avec le métal et le laisse intègre. Cependant, le laser ne montre pas de bénéfice clinique comparé aux autres méthodes de décontamination(9).
Chirurgie muco-gingivale ablative
En chirurgie muco-gingivale, différents lasers ont été testés pour diverses applications cliniques, comme le prélèvement ou la désépithélialisation de greffon autologue palatin, mais son innocuité et leur supériorité clinique par rapport aux autres techniques n’ont jamais été démontrées.
Néanmoins, l’utilisation du laser Er:YAG lors des chirurgies muco-gingivales résectives (frénectomie, élongation coronaire, gingivectomie) a été largement évaluée dans la littérature. En comparaison à l’utilisation de la lame froide ou du bistouri électrique, le laser permet de réduire le saignement per-opératoire et les douleurs post-opératoires, tout en offrant une efficacité clinique similaire(10). La stimulation de la coagulation permet également un gain de temps opératoire et de cicatrisation pour le patient.
Chirurgie des tissus durs
La micro-ablation osseuse sans effet thermique, caractérisée par une faible diffusion et une irrigation efficace, offre une approche novatrice. Cette technique se distingue par l’absence de débris de fraisage, permettant ainsi une élimination des substances toxiques et des matières organiques à la surface de l’os irradié, assurant ainsi une intervention sur un os propre.
Un avantage notable réside dans la stimulation de la cicatrisation, comme démontré par l’étude de Kesler et ses collaborateurs en 2011(11). Cette méthode favorise la sécrétion de facteurs de croissance dérivés des plaquettes, induisant ainsi une cicatrisation stimulée. L’explication de ce phénomène repose sur la création de micro-irrégularités qui facilitent l’attraction du caillot sanguin, favorisant ainsi la concentration des facteurs de cicatrisation. Cette approche se présente comme un puissant biostimulant.
Les applications de cette technique sont diverses, notamment dans la sculpture tissulaire. Elle peut être employée pour des procédures telles que l’allongement coronaire ou la régulation de la crête. De plus, elle trouve une utilité précieuse dans la sculpture des greffons cortico-spongieux, démontrant ainsi sa polyvalence dans la chirurgie des tissus durs.
Conclusion
Le laser Er:YAG séduit souvent le praticien pour les chirurgies. Il a la capacité de réaliser un curetage sélectif des tissus mous. De plus, il permet une cautérisation en superficie, permettant une meilleure visibilité pour l’opérateur et un gain de temps opératoire. Pour les tissus osseux, en plus de ne pas apporter de débit de fraisage, l’irradiation stimule la cicatrisation.
Mais l’utilisation du laser ne se traduit pas toujours par un avantage significatif par rapport à d’autres techniques, et ses bénéfices sont souvent tempérés par le coût élevé de l’appareil. Également, en raison de sa taille imposante, l’appareil nécessite d’être positionné à proximité du fauteuil plutôt que d’être directement intégré à celui-ci. Cette contrainte logistique peut constituer un inconvénient pratique.
Pour conclure, le laser est un outil très polyvalent, efficace et ergonomique, qui trouvera sa place dans les cabinets d’omnipratique ou d’endodontie exclusive.
Pour d’autres spécialités, le bénéfice du laser par rapport à d’autres techniques est encore à évaluer et à mettre en relation avec le coût important de l’appareillage.
En parodontologie notamment, bien que le laser Er:YAG ait prouvé son efficacité dans le traitement initial non chirurgical, le bénéfice clinique attendu reste équivalent aux autres techniques conventionnelles qui sont moins onéreuses. L’intérêt pour le patient doit toujours rester au centre de nos choix thérapeutiques, le laser n’échappant pas à cette règle.
Le congrès Best of Implantology , qui avait connu de grands succès par le passé, était de retour le jeudi 23 mars dernier à la Maison de l’Artisanat à Paris. Cette nouvelle édition a présenté un programme diversifié comprenant des conférences, des intervenants et des sujets variés, qui ont répondu aux attentes des participants.
Il est déconseillé de détourner le regard des complications post-opératoires en espérant qu’elles se résolvent d’elles-mêmes avec le temps. Cependant, il est rassurant de savoir que même les chirurgiens les plus expérimentés peuvent rencontrer des complications au cours de leur carrière. Dans cette vidéo, le Dr Caroline Fouque explique la différence entre un échec et une complication en chirurgie plastique parodontale, et donne des conseils sur la manière de les éviter et de les gérer au mieux.
Une complication en chirurgie est un événement inattendu qui ne résulte pas d’une erreur commise pendant l’opération, tandis qu’un échec est caractérisé par l’incapacité de la thérapie à produire l’effet désiré.
En chirurgie parodontale, les complications sont catégorisées comme étant immédiates ou différées, selon leur moment d’apparition.
Les complications chirurgicales immédiates
Il s’agit principalement du saignement per-opératoire au niveau de la zone de prélèvement. Il peut être dû à des interruptions de prise d’hypertenseurs ou à la prise d’anti-agrégants plaquettaires. Ceci peut être évité par une anamnèse poussée le jour de l’intervention.
Le saignement peut aussi être lié aux spécificités anatomiques du site donneur en rapport avec l’artère grande palatine.
Les complications chirurgicales médiates
Les complications chirurgicales médiates sont : • Un saignement retardé, surtout après un prélèvement épithélio-conjonctif. • Un shunt artérioveineux : il s’agit d’un mauvais mariage entre une veinule et une artériole. • Un retard de cicatrisation qui s’exprime par l’apparition de zone de nécrose. • Une hypoesthésie de la lèvre.
Découvrez dans cette vidéo comment éviter les complications potentielles en apprenant des conseils pratiques efficaces et comment les gérer avec assurance grâce à des astuces de professionnels.
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Les tissus conjonctifs de substitution sont une alternative aux greffes de tissu conjonctif autologue pour couvrir les récessions multiples, en particulier chez les patients sensibles et ceux qui ont besoin d’un grand volume de tissu. Ils influencent non seulement la durée de l’intervention, mais sont également préférés par les patients en terme de comorbidité palatine. Contrairement aux tissus conjonctifs autologues, dont la qualité varie en fonction du site de prélèvement en raison de la teneur en graisse et en glandes, la matrice de reconstruction tissulaire NovoMatrix® a une épaisseur constante. Le résultat clinique est donc prévisible.
Les récessions
Comment les détecter ?
Les facteurs de causalité des récessions sont nombreux et variés. Par exemple pour la gingivite, une mauvaise manœuvre d’hygiène bucco-dentaire (trop de pression ou une brosse à dents trop dure), des obturations insuffisantes ainsi que des bords de couronnes saillants, mais aussi des piercings et des crochets de prothèses dentaires peuvent être à l’origine d’une récession gingival. Un biotype gingival fin avec une faible proportion de gencive kératinisée réagit plus fortement aux récessions lors des mouvements orthodontiques.
Comment les soigner ?
L’expérience montre que l’épaisseur des tissus mous autour d’un implant doit être d’au moins deux millimètres pour que l’os alvéolaire soit protégé. Pour éviter les processus inflammatoires dans le tissu péri-implantaire, ce n’est pas seulement la quantité mais surtout la qualité du tissu mou qui joue un rôle décisif. En fonction de l’indication, l’épaississement du tissu mou peut être réalisé en pré-implantologie, en même temps que l’insertion ou pendant l’exposition de l’implant.
Outre les greffes de tissu conjonctif autologue, diverses matrices xénogéniques sont disponibles pour l’épaississement efficace des tissus mous. Ces matériaux diffèrent par leur processus de fabrication et donc par leur manipulation. La NovoMatrix® est une matrice tissulaire dérivée du derme porcin qui présente une épaisseur constante et une stabilité de volume à l’usage. Elle est aussi résistante aux déchirures qu’aux sutures et peut être facilement insérée dans un tunnel préparé.
La structure tissulaire de NovoMatrix® est préservée pendant la procédure de traitement. L’histologie réalisée par le professeur Werner Grötz à Bonn, montre que, bien que le tissu semble identique, il n’y a plus de cellules. Le concept de traitement de l’auteur prévoit l’utilisation de NovoMatrix® dans des indications précises, surtout pour les récessions de classe I à II de Miller et l’épaississement peropératoire des tissus mous(1). Les tissus mous sont épaissis de manière standard pendant l’insertion, en particulier dans le cas de biotypes fins.
NovoMatrix®favorise la réponse immunologique positive, ainsi que l’intégration et la régénération des tissus(2, 3, 4). Cette intégration conduit à une stabilité accrue et à un remodelage en tissu fonctionnel. C’est exactement ce qui est actuellement documenté dans une étude d’observation pratique portant sur 45 cas de patients. Après huit semaines déjà, l’examen histologique initial montre que le greffon peut à peine être distingué du tissu local.
Cas clinique
Une patiente s’est présentée pour un traitement avec de multiples récessions gingivales dans les régions antérieures et postérieures au maxillaire supérieur. Les récessions prononcées sont clairement visibles et s’accompagnent d’une hypersensibilité et des racines exposées. Avant la thérapie de couverture, les défauts doivent être regroupés selon la classification Miller et le pronostic doit être déterminé. Il est essentiel d’identifier et d’éliminer les facteurs à l’origine des récessions.
Fig. 01 : situation initiale.
L’objectif est d’atteindre un niveau élevé et durable d’hygiène bucco-dentaire standardisée. Il ne doit pas y avoir de signes d’inflammation gingivale avant l’intervention. Toute carie radiculaire ou obturation radiculaire défectueuse doit être éliminée avant la couverture. Après avoir nettoyé et lissé ces surfaces, les endotoxines ont été éliminées par l’application d’un gel EDTA.
Fig. 02 : endotoxines éliminées par l’application d’un gel EDTA.
Le site receveur est tunnelisé par microchirurgie. Dans cette procédure, les multiples récessions sont connectées et les papilles sont décollées sans perforer le lambeau. Un lambeau fendu est formé bien au-delà de la marge muco-gingivale pour permettre une mobilisation adéquate des tissus mous. Cela permet l’insertion de la matrice tissulaire, ainsi qu’un recouvrement complet et un déplacement coronaire.
Fig. 03 : tunnelisation par microchirurgie.
NovoMatrix® est disponible en différentes tailles ce qui permet de couvrir plusieurs récessions en une seule séance chirurgicale. Trois bandes de huit millimètres de large, chacune de la taille fournie (2,5 x 4,5cm), ont été découpées et utilisées pour couvrir les récessions du maxillaire supérieur droit et gauche.
Fig. 04 : matrice cellulaire NovoMatrix®.
La procédure chirurgicale de tunnelisation est une technique dépendante. Comme la technique ne nécessite pas d’incisions supplémentaires, les cicatrices sont donc évitées. L’avancement coronaire et la couverture de la bande NovoMatrix®, qui est insérée dans le tunnel dent par dent, sont rendus possibles par la profondeur de la préparation du tunnel.
Fig. 05 : tunnelisation.
Une technique de suture spéciale (suture enveloppante) est utilisée pour fixer la matrice et les tissus mous autour des dents et les faire avancer coronairement. Ici, une attention particulière a été portée à la couverture complète de la NovoMatrix® afin d’assurer un apport sanguin optimal pour la revascularisation de la matrice tissulaire et d’éviter les déhiscences.
Fig. 06 : suture enveloppante.
Quatre semaines plus tard, les tissus mous étaient stables, avec une cicatrisation sans irritation et un élargissement significatif.
Fig. 07 : avancement coronaire des tissus mous et couverture complète de la NovoMatrix® le jour de l’intervention et à 4 semaines post-opératoire.
Le suivi dix semaines après l’intervention chirurgicale montre une gencive attachée et la couverture complète de la récession. La structure et la couleur naturelles de la gencive sont un résultat convaincant lors de l’utilisation de NovoMatrix®.
(2) Nica C., Lin Z., Sculean A., Asparuhova M. – Adsorption and Release of Growth Factors from Four Different Porcine-Derived Collagen Matrices. Materials. 2020 Jun 9;13(11):2635.
(3) Zhikai L., Cristina N., Anton S., Maria B.A. – Enhanced Wound Healing Potential of Primary Human Oral Fibroblasts and Periodontal Ligament Cells Cultured on Four Different Porcine-Derived Collagen Matrices. Materials. 2020 Aug 29;13(17):3819.
(4) Zhikai L., Cristina N., Anton S., Maria B.A. – Positive Effects of Three-Dimensional Collagen-Based Matrices on the Behavior of Osteoprogenitors Front. Bioeng Biotechnol. 2021 Jul 21;9:708830.
La 1ère publication de ce cas a été effectué en 2023.
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