La chirurgie dentaire améliore ses indicateurs… mais les inégalités d’accès restent profondes
Étude Par Dentalespace le 29-06-2026L’accès aux soins constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs du système de santé français. À travers la nouvelle édition des Cartes de France de l’accès aux soins 2026, réalisée par Doctolib avec le soutien de la Fondation Jean-Jaurès et l’analyse du géographe de la santé Joy Raynaud, l’étude propose une lecture approfondie des réalités territoriales et des dynamiques d’accès aux soins en médecine de ville.
Fondée sur plus de 230 millions de consultations réalisées en 2025 et enrichie, pour la première fois, par une enquête menée auprès de près de 8 000 patients, cette étude met en lumière les écarts persistants entre territoires, les nouvelles attentes des patients et les transformations organisationnelles qui redessinent progressivement les parcours de soins.
Parmi les spécialités étudiées, la chirurgie dentaire présente une situation singulière : des indicateurs en amélioration, mais des tensions d’accès encore bien réelles.
Une amélioration mesurée en chirurgie dentaire
En 2025, le délai médian pour obtenir un rendez-vous chez un chirurgien-dentiste libéral s’établit à 10 jours, soit une amélioration d’un jour par rapport à 2023. La profession figure ainsi parmi les disciplines de premier recours les plus accessibles, derrière la médecine générale et la kinésithérapie.

Cette évolution s’inscrit dans une dynamique démographique plus favorable. La France compte désormais près de 39 000 chirurgiens-dentistes libéraux, soit une augmentation de plus de 11 % depuis 2015. La profession se distingue également par une pyramide des âges plus encourageante que dans d’autres spécialités médicales, avec une proportion importante de praticiens de moins de 40 ans.
Les projections nationales anticipent même une poursuite de cette croissance à l’horizon 2040. Après plusieurs décennies marquées par une sous-dotation structurelle, la chirurgie dentaire semble donc amorcer une phase de redressement.
Mais derrière ces indicateurs globalement positifs, l’étude montre que l’amélioration reste encore fragile.
Le paradoxe dentaire : davantage de praticiens, mais des tensions persistantes
L’un des enseignements majeurs de cette édition 2026 réside dans le décalage entre la progression des effectifs et la perception réelle de l’accès aux soins.
Malgré l’augmentation du nombre de praticiens, les soins dentaires demeurent le premier poste de renoncement aux soins déclaré par les Français. Selon les données relayées dans l’étude, 25 % des adultes n’ont pas consulté de dentiste au cours des deux dernières années, une proportion qui grimpe fortement chez les personnes ne disposant pas d’une complémentaire santé.
Les obstacles restent multiples :
- difficultés financières,
- disparités territoriales,
- tensions organisationnelles,
- ou encore difficulté à obtenir rapidement un rendez-vous en situation d’urgence.
Car si le délai médian national apparaît relativement contenu, l’accès rapide reste limité. Seuls 21 % des rendez-vous sont obtenus en moins de 48 heures, dans une spécialité pourtant fortement exposée aux soins urgents : douleurs aiguës, infections, traumatismes ou complications prothétiques.

L’étude souligne ainsi que la tension ne se mesure plus uniquement au délai moyen, mais également à la capacité des structures de soins à absorber rapidement les demandes non programmées.
Des inégalités territoriales toujours très marquées
Si certains départements affichent des délais relativement courts, notamment en Île-de-France ou sur l’arc méditerranéen, d’autres zones demeurent nettement plus fragiles. Dans certains territoires, les délais dépassent encore un mois.

Cette géographie des tensions ne se résume toutefois pas à une opposition simple entre zones urbaines et rurales. L’étude montre plutôt une concentration croissante de l’offre dans les territoires les plus attractifs, portée notamment par l’évolution des modes d’exercice.
Le cabinet individuel, historiquement dominant, laisse progressivement place aux structures collectives et aux centres de santé. Aujourd’hui, près de 60 % des chirurgiens-dentistes exercent en cabinet de groupe. Cette transformation améliore l’organisation des soins et les capacités de prise en charge, mais elle favorise également une concentration plus forte dans les grandes zones urbaines.
L’enjeu devient donc moins celui du volume global de praticiens que celui de leur répartition territoriale.
Une transformation progressive de l’organisation des soins
Face à ces déséquilibres persistants, plusieurs leviers d’évolution émergent progressivement.
L’étude met notamment en avant :
- le développement de l’exercice coordonné,
- la structuration des réponses aux urgences dentaires,
- le renforcement de la prévention,
- la montée en compétences des assistants dentaires,
- ou encore l’utilisation d’outils numériques facilitant l’orientation et l’accès aux soins.
Comme dans d’autres spécialités, la question de l’organisation devient désormais centrale. La démographie seule ne suffit plus à améliorer durablement l’accès aux soins si elle ne s’accompagne pas d’une réflexion sur les parcours patients, la répartition de l’offre et la capacité des structures à absorber les besoins croissants de la population.

Certaines évolutions locales observées entre 2023 et 2025 montrent néanmoins que des améliorations rapides restent possibles lorsque des dynamiques territoriales favorables se mettent en place : nouvelles installations, exercice collectif, attractivité locale ou réorganisation des structures de soins.
Vers une nouvelle lecture de l’accès aux soins dentaires
Cette édition 2026 des Cartes de France de l’accès aux soins apporte finalement une lecture plus nuancée de la situation en chirurgie dentaire.
Oui, les indicateurs démographiques progressent. Oui, les délais médians s’améliorent légèrement. Mais ces évolutions positives ne suffisent pas encore à corriger les déséquilibres territoriaux ni les difficultés d’accès ressenties par une partie importante de la population.
L’accès aux soins dentaires ne peut donc plus être analysé uniquement à travers le nombre de praticiens disponibles. Il dépend désormais tout autant de l’organisation des soins, de l’attractivité des territoires, de la gestion des urgences, de la prévention et des nouvelles formes de coordination entre professionnels.
Autant de transformations qui continueront probablement de structurer l’évolution de la profession dans les années à venir.
Etude réalisée par Doctolib.


















