Douleur des femmes : une réalité plus fréquente, plus intense et encore trop souvent banalisée
Actualité Par Dentalespace le 15-06-2026À l’occasion d’une conférence organisée à Sciences Po Paris Mardi 2 juin, le laboratoire Haleon, l’institut d’études et de sondages ODOXA et la Chaire Santé de Sciences Po ont présenté les résultats d’une grande enquête consacrée à la perception et à la prise en charge de la douleur en France. Les échanges, réunissant Roselyne Bachelot, Céline Camilleri (Haleon), le Pr Daniel Benamouzig (Sciences Po), le Dr Arnaud Daguet et Gaël Sliman (ODOXA) ont mis en lumière une réalité encore insuffisamment reconnue : les femmes souffrent davantage de douleurs que les hommes, mais continuent à faire face à des retards de diagnostic et de prise en charge.

Une douleur qui touche fortement les Français
L’enquête révèle que 40 % des Français vivent régulièrement avec des douleurs. Pour les personnes concernées, les conséquences sont loin d’être anodines : 74 % estiment que la douleur impacte au moins un aspect de leur vie personnelle, familiale, sociale ou professionnelle.
Les répercussions sont particulièrement importantes sur le sommeil (60 %) et la santé mentale (57 %), rappelant que la douleur ne se limite pas à une simple sensation physique mais affecte profondément la qualité de vie.
Les femmes deux fois plus concernées
L’un des enseignements majeurs de l’étude concerne les différences observées entre les femmes et les hommes.
Plus d’une femme sur deux (52 %) déclare souffrir de douleurs répétées, contre seulement 28 % des hommes.

Certaines douleurs sont particulièrement fréquentes chez les femmes :
• 60 % souffrent de maux de tête (+22 points par rapport aux hommes)
• 66 % souffrent de troubles musculosquelettiques (+19 points)
• 54 % souffrent de douleurs gastro-intestinales (+19 points)
• 40 % souffrent d’arthrose (+12 points)
Au-delà de leur fréquence, ces douleurs sont également plus sévères. Les femmes sont près de deux fois plus nombreuses à qualifier leurs douleurs d’insupportables (25 % contre 13 % des hommes).
Elles rapportent également des douleurs plus durables : 78 % des femmes concernées décrivent au moins une douleur persistant plus de 24 heures, contre 63 % des hommes.
Une consultation souvent retardée
Malgré ces symptômes, de nombreuses personnes tardent à consulter un professionnel de santé. Selon l’enquête, 67 % des Français préfèrent attendre avant de demander un avis médical et 27 % ne consultent aucun soignant.
Chez les femmes, cette tendance s’explique notamment par une banalisation de certaines douleurs considérées comme « normales » au cours de la vie, mais aussi par une propension à faire passer la santé de leurs proches avant la leur.
Les intervenants ont souligné que cette sous-estimation peut conduire à des retards diagnostiques, à une aggravation des symptômes et à un risque accru de chronicisation.
Le rôle clé des professionnels de proximité
Face à ces constats, les professionnels de santé de premier recours apparaissent comme des acteurs essentiels pour favoriser une prise en charge plus précoce.
Le pharmacien a notamment été identifié comme un interlocuteur privilégié grâce à son accessibilité et à sa proximité avec les patients. L’enquête montre d’ailleurs que 70 % des Français souhaiteraient que certaines douleurs puissent être prises en charge directement en pharmacie, sans consultation médicale préalable systématique.

Les intervenants ont insisté sur l’importance du repérage précoce, de l’orientation adaptée des patients et d’une meilleure coordination entre les différents acteurs du parcours de soins.
Un Livre blanc pour faire évoluer les pratiques
Au-delà du constat, Haleon a publié un Livre blanc consacré à la prise en charge des douleurs des femmes. Élaboré avec plusieurs experts du secteur de la santé, ce document propose des pistes concrètes pour améliorer la reconnaissance et l’accompagnement des patientes.
Parmi les principales recommandations figurent le renforcement de la formation des professionnels de santé aux spécificités des douleurs féminines, la mise en place de parcours de prévention et d’intervention plus précoces, ainsi qu’une meilleure mobilisation des acteurs de proximité, notamment les pharmaciens.
L’objectif est clair : mieux reconnaître les douleurs des femmes, réduire les retards de diagnostic et favoriser une prise en charge plus personnalisée tout au long du parcours de soins.
Cette enquête et les recommandations qui en découlent rappellent que la douleur féminine ne doit plus être considérée comme une fatalité. Une meilleure compréhension de ses spécificités constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique.


















